D'après Joseph Spiglitz, Prix Nobel d'économie en 2001, il ne s'agit pas de " Travailler plus pour gagner plus" mais de "travailler plus efficacement pour accroître la productivité". C'est ce qu'il a dit ce jeudi 15 mai à France Inter , dans une passionnante interview .

C'est notre style de vie que les pollueurs et mauvais consommateurs que nous sommes devront changer: utilisations des transports publics, ...
Pour JS qui pense qu' " il faut écouter ce que veulent les citoyens" , le problème n'est pas de se débarrasser des 35 heures mais de rechercher les moyens d'augmenter la qualité de vie en étant plus efficace. Le PIB ne mesure pas la qualité de la vie en général et notamment la valeur des loisirs. La façon dont on mesure le progrès serait donc erronée.

La droite française aurait sous estimé l’importance du secteur public alors qu’il y a un bon système de transports, de bonnes écoles, autant d’éléments essentiels sur la santé à long terme d’une société .Il y aurait donc confusion entre l’inefficacité et l’importance de ces services publics.

"Il faut être plus efficace dans la fourniture des services publics mais le niveau d’investissement doit être augmenté. Le plus grand retour sur investissement que nous avons mesuré a été sur la recherche dans le secteur public, Internet a été fondée sur une recherche soutenue par le gouvernement. Cela a été une révolution dan notre société. Les événements dans la santé publique ont pu se faire grâce à des fondations financées par le gouvernement. Réduire l’investissement dans la recherche est une très grande erreur. Mais il faut s’assurer que chaque chose soit faite de manière efficace "
Et de conclure: " Si Sarko fait ce qu'il dit, on va produire plus de pollution"

Tout cela, Joseph Spiglitz va devoir l'expliquer à Nicolas Sarkozy, qui lui a justement confié la mission de mesurer le concept de Bien -Etre en économie.

En attendant, je vous invite à lire son tout dernier livre : "Une guerre à 3000 milliards de dollars" (éd Fayard, sortie 7 mai 2008)
Lire aussi l'article plus complet sur l'interview de Joseph Stiglitz : Joseph Stiglitz : une guerre à 3000 milliards de dollars

A en croire les images nous venant de Chine, à entendre et lire surtout les commentaires des médias qui louent la « transparence » du gouvernement chinois dans sa manière de suivre les secours et dénombrer les victimes du terrible séisme qui vient de secouer le pays, on pourrait presque en conclure que les droits de l’homme, c’est pour aujourd’hui.
Même si l’on a besoin de rêver, il me semble pourtant qu’il ne faut pas aller trop vite.
Car après tout, voilà un événement dramatique qui vient à point pour permettre à la Chine de se composer une image rassurante aux yeux de la communauté internationale, l’occasion de faire croire qu’elle est « comme les autres », ces états démocratiques où vous avez le droit, sans danger pour vous-même ou votre famille, de manifester votre désaccord avec le plus fort ou de pratiquer votre religion.

Rien de tel dans ce pays qui va recevoir bientôt les Jeux Olympiques. On y est encore emprisonné pour délit d’opinion ou de religion, mis au banc de la société pour « un enfant de trop ». Souvenons-nous: il y a seulement quelques jours, des condamnations à perpétuité ont été prononcées contre les manifestants de Lhassa… !
Et d’ailleurs qu’attend Pékin pour conseiller à ses amis de Rangoon, en Birmanie, de faire eux aussi preuve de « transparence », en accueillant les équipes d’experts et d’humanitaires étrangers dans les zones dévastées ? Encore faudrait-il que l' exemple soit donné par la grande sœur. Nous verrons bien. Mais à priori, comme pour la Birmanie, la Chine veut bien de l’aide internationale matérielle, mais pas de l’envoi d’équipes. Bref, le beurre, mais pas l’argent du beurre. De quoi donc ont -ils bien peur ?

Cependant, il est bon de laisser toujours une porte ouverte. Cela s’appelle restez positif. C’est ce que préconisait Irina Spendler , en ajoutant « Soyez seulement juste, altruiste et humble ». Elle vient, à 98 ans, de quitter ce monde. Pratiquement inconnue en France, les polonais dans leur ensemble ont seulement découvert depuis quelques années cette compatriote héroïne qui avait sauvé 2500 enfants juifs d'une mort certaine . Il est bien vrai qu’on n’est pas prophète en son pays.

Elle était de la trempe d’une Rosa Parks et d’une Christiane Singer, toutes femmes d’exception par leur capacité à résister quand il le faut, alimentée par une pensée et une modestie profonde. Des femmes et des hommes comme elles, nul doute qu'il y en ait aujourd'hui en Chine et en Birmanie. Un jour viendra où nous en découvrirons quelques visages.
C’est au sein de l’Europe qu’évoquer l’ « identité nationale » a sa raison d‘être.
Ce que l’on fait naturellement chaque fois que l’on veut marquer les caractéristiques d’un pays par rapport à un autre.

Si l’Europe s’organisait pour gommer les identités, on comprendrait que les pays résistent en se dotant, pourquoi pas, d’un ministère de l’identité nationale.
Je n’ai pas vérifié si la Pologne a un tel ministère mais cela pourrait se concevoir, vu les propos du Président actuel, M. Kaczynski, lorsqu’il déclare qu’au sein de l’UE, « il est normal que chaque pays défende le système qui lui est le plus avantageux ». Il s’agit surtout pour lui de bénéficier des fonds européens sans apporter de pierre à la construction commune.
Rassurons-nous. Ceux qui pratiquent l’Europe au quotidien sont conscients des progrès qu’elle doit encore accomplir dans de nombreux domaines mais peuvent témoigner que loin de réduire les identités, elle en encourage au contraire la valorisation et s’en enrichit.
Les 7 français sur 10 qui se disent fiers d’être européens n'ont pas de crainte à cet égard puisque 91 % de ces mêmes sondés affirment aussi qu’ils sont fiers d’être français.
Dieu merci, il y a des hommes et des femmes, et parmi eux de nombreux polonais, qui s’ouvrent à une toute autre conception de l’Europe. Ce sont ceux là, qui préparent non pas l’européisme mais l’identité européenne de demain.

Faudra t’il pour autant doter l’UE d’un ministère de l’ « identité européenne » ? Prendre le risque de l’épuiser dans des débats entre ceux qui la conçoivent comme figée dans son histoire et ceux qui veulent la faire évoluer sans ses racines ? Dans les deux cas d’ailleurs, cela revient à considérer que les racines ne donnent que de mauvaises herbes.
Ne faut-il pas au contraire faire un peu plus confiance à la nature et laisser cette identité se fortifier et se révéler sans « désherber » systématiquement les nouvelles pousses ?

En France, on parle en ce moment d’associer un ministère de l’immigration à celui de l’identité nationale.

Que pour acquérir la nationalité de son pays d’accueil, un immigré s’engage à en respecter le contrat social - lois, règlements, civisme, laïcité,... - c’est une nécessité désormais bien partagée. Qu’il le fasse au sein d’une cérémonie publique qui officialise l’accueil réciproque c’est encore mieux. C’est le sens de ce que l’on appelle l’intégration.

Je ne souhaite pas tomber dans le jeu d’un systématisme partisan.

Mais dans un pays comme la France, l’ « identité » a facilement, sinon d’abord, une autre connotation. On l’assimile à l’identité culturelle ou religieuse. Or on sait bien que ceux qui en parlent le plus pensent qu’elle était gravée dans le marbre avant la Révolution ou au mieux lui accordent quelques décennies supplémentaires. Le respect du contrat social ne leur suffit pas. Ils posent à un immigré, comme condition à son intégration, la rupture avec sa propre culture.

Ils oublient ou veulent ignorer qu’en réalité l’histoire accompagne notre identité, vouée comme elle à évoluer, s’enrichir et changer de visage.

Il en est comme de l’identité européenne .


Je suis le même individu que celui de la photo de ma carte d’identité mais dix ans après, il vaut mieux que je la renouvelle pour que l’on me reconnaisse.
Cela n’est encore rien à côté de ce qui est pour moi essentiel : il y a de fortes probabilités que je ne sois pas la même personne que celle que j’étais il y a dix ans.
Au fur et à mesure de mes rencontres, selon les amitiés que j’ai liées, les engagements que j’ai pris, ma capacité à ouvrir mon cœur et mon intelligence, mes repères culturels et humains se sont élargis.
Maints exemples comme celui-ci peuvent être donnés.

Ce qui est vrai à l’échelle personnelle l’est aussi à celle de mon pays.

« Veillez à la culture de votre nation. C’est ce qui fait en l’homme l’humain » rappelait JP 2 à l’Unesco *

La culture de ma nation a désormais une spécificité interculturelle. C’est son identité d’aujourd’hui. L’accepter, c’est préserver la paix sociale. S’en réjouir, c’est déjà participer à sa progression. Ne prenons pas le risque de nous déshumaniser.


* Discours de l’Unesco 1980
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