Lamentable entre deux- tours. C’est un terme bien faible pour qualifier les manœuvres, coups bas, attaques dont des candidats ont fait preuve sans complexes apparents, dans les grandes villes notamment. Comment répondre à tous ces messages qui en disent long sur l’écoeurement des électeurs et notamment à cette dame qui m’écrit ceci « Vous nous dites que l’idéal politique existe. Quand vous voyez ces candidats qui se dénient et se déchirent pour un bout de pouvoir, continuez-vous d’y croire ? »

Ils ont bien raison d’être en colère. C’est aussi ce qu’ils ont voulu manifester, que ce soit en s’abstenant encore plus qu’au premier tour (*) ou dans les urnes, n’en déplaise aux personnalités invitées sur les plateaux de télévision qui se gardent bien d’invoquer ce point dans leur interprétation des résultats. On parle d’“équilibrage et d’appel à continuer les réformes pour les uns”, de “sanctions” pour les autres. Surtout, on retombe aussitôt dans le mauvais travers de la dialectique politicienne. Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Que répondre à cette dame sinon que c’est maintenant que tout commence.

Travaillez avec vos élus. Ils ont suffisamment argué de l’intérêt qu’ils vous portent et de leur attachement à la « démocratie participative ». Les projets qui vous intéressent étaient aussi les leurs. Saisissez la balle au bond. Rejoignez une association, créez en une s’il le faut. Ce sont elles qui sont à la base des meilleurs projets. Mais ne les laissez pas tranquilles. Faites-le avec intelligence et doigté. S’il le faut, apprenez à mieux communiquer. Ne tombez pas dans le travers de la critique systématique. Pratiquez l’éthique de l’écoute et de la discussion. Soyez positifs. Penchez vous sur les dossiers. On ne défend bien que ce que l’on connaît.

En bref, ne faites pas comme beaucoup de français qui « s’en lavent les mains » au lendemain du deuxième tour. Ce sont eux qui fabriquent « les princes » de la politique. Pourtant, ils sont bien rares ceux qui n’ont pas éprouvés la première flamme de l’engagement.
N’attendons pas les prochaines élections pour essayer de la faire revivre. Et pensons aussi à entretenir la nôtre !

(*) Abstention : 34,80% (chiffre définitif)

Isabelle Deschard

Comme on s’y attendait, dans les grandes villes où les chefs de file sont perçus comme les porte-parole d’un parti, on a voulu, sauf lorsque le bilan du maire sortant était bon (1), manifester la désillusion vis-à-vis de la politique du chef de l’Etat. Et ce n’est pas la bonne proportion des ministres élus dès le premier tour dans des villes presque toutes “taillées sur mesure” (2) qui peut contredire sérieusement cet état de fait. Cependant, comme on pouvait s’y attendre aussi, l’opposition, dont on peine déjà à percevoir l’identité sur le plan national, n’a pas de quoi prétendre se prévaloir d’un vote d’adhésion. Mais ce n’est pas sur cette évidence que je souhaite réagir.

D’après le ministre de l’intérieur, le taux de participation est plus faible que pour la précédente élection de 2001. Il s’élève à environ 61% contre 67,18% en 2001. Pas de quoi nous réjouir. Le pourcentage de l’abstention est élevé ( 39%) notamment à Paris ( 43,8%). Il n’ y a pas de fumée sans feu. Tous les abstentionnistes ne sont pas en vacances! Lorsque on est si peu intéressé à se prononcer sur le « vivre ensemble » dans sa commune, on est en droit de poser des questions et d’avancer quelques pistes.

Tout ce qui a été fait jusqu’à présent pour faire progresser la citoyenneté démocratique des français ne portant pas de fruits suffisants, quelles stratégies et méthodes d’éducation et d’enseignement adopter? La volonté est déjà présente chez la plupart des enseignants, éducateurs et responsables associatifs. Malheureusement, on ne peut pas en dire autant lorsqu’il s’agit du milieu politique.Parachutages, cumul des mandats, renouvellement sans limite,… autant de mauvaises pratiques. Bien que dénoncées, - même par ceux qui en usent ! - elles sont constamment renouvelées et participent à la démoralisation et désintérêt des français quant à la politique. Par ailleurs, entre commune, intercommunalité, département, région, un manque de clarté conduit à des abus, des doublons et des dérives dont certains profitent largement. Les français et beaucoup d’élus eux-mêmes ont du mal à y voir clair. Par contre, ils mesurent que cela leur coûte de plus en plus cher. A quand la transparence et l’évaluation de l’efficacité des dépenses publiques ?

Les initiatives qui pourraient doper l’esprit démocratique dépendent en grande partie de la volonté politique du gouvernement et du Parlement. Prenons le cas du cumul des mandats ou de la limite de leur renouvellement. Il faut croire que la résistance est bien organisée en haut lieu pour que chaque effet d’annonces soit toujours suivi d’une reculade ? A qui profite t’elle ? Car comment expliquer qu’au fil des élections, on ne puisse noter aucune avancée significative sur ces points ? Quelle nouvelle révolution finira par mettre de l’ordre dans cette organisation princière ?

Enfin, il y a l’incontournable question : Quelles valeurs reconnaissons-nous à la démocratie ? On serait tenté de répondre qu’en s’abstenant à ce point, beaucoup de français en accordent bien peu. A moins que mettre un bulletin dans l’urne ne suffise pas à garantir ses lettres de noblesse . Encore faut-il que cette démocratie soit vraiment porteuse de reconnaissance pour le citoyen – reconnaissance humaine, sociale, politique (3) - et pour son environnement.Remarquons-le, cette question du sens et de la reconnaissance figure bien dans les discours des hommes politiques. Mais si elle n’est pas accompagnée des mesures qui en découlent, elle est ce que l’on appelle une idéologie. Une idée sans suite. Une apparence de réalité.

A un incivisme réel pour certains, une lassitude provoquée par des institutions qui n’évoluent pas pour d’autres, c’est ce sentiment de non reconnaissance que les français expriment aussi en s’abstenant.Ceci dit, ce n’est pas comme cela qu’on résiste et que l’on change la société. Avec l’abstention, c’est la démocratie qui est affaiblie. Alors, s’il m’est permis de donner un conseil pour le second tour, c’est bien celui d’aller voter.

(1) comme c’est le cas de Bordeaux avec la réélection au premier tour d’Alain Juppé lequel évitait par ailleurs de se prévaloir de l’UMP en proposant une liste d’ « ouverture ». (2) Hormis les cas significatifs de deux villes traditionnellment à gauche, Chaumont et Le Puy en Velay, où les listes conduites par Luc Chatel et Laurent Wauquiez passent ainsi à droite. (3) A ces reconnaissances se pose la question de la reconnaissance spirituelle, à condition qu’on n’assimile pas, comme en Allemagne, le spirituel au mysticisme.

Isabelle Deschard

Pour les bloggeurs que nous sommes, Internet n’a pratiquement plus de secret. Nous le « pratiquons » quasiment au quotidien. Mais ce n’est pas le cas de tous les français. D’après Eurostat ( 1) la France est aujourd’hui très en retard sur ses voisins européens : 49 % des ménages français ont accès à l’Internet en France alors que ce chiffre est de 67 % en Angleterre, 71 % en Allemagne et 83 % aux Pays-Bas .

C’est Renaissance Numérique qui met le doigt sur cette faiblesse. Cette association de dirigeants du secteur des nouvelles technologies et d’enseignants-chercheurs, rappelle aux candidats aux élections municipales l’importance des actions à mener contre la fracture numérique en France.Dans un communiqué elle leur rappelle que « la e-exclusion en France touche en particulier les foyers à revenu modeste (74 % d’entre eux ne sont pas connectés à l’Internet selon une étude récente du Credoc) et les personnes retraitées (75 % de non connectées). Cette fracture numérique n’est pas une fatalité et chaque maire peut agir pour rattraper ce retard et développer l’utilisation du numérique dans sa propre commune »… En 2007, Renaissance Numérique a proposé 15 mesures pour réduire la fracture numérique.Elle les développe dans un très intéressant livre blanc « 2010 – L’Internet pour tous »

Les voici résumées chacune en une courte ligne: 1- « Donation directe » de PC usagés par les entreprises à leurs salariés ; 2- PC recyclé à 99 euros ; 3- Location de PC ; 4- Aide aux étudiants défavorisés ; 5- Systématisation du passeport Internet ; 6- Renforcement de la politique de soutien aux TPE ; 7- Rendre légalement possible l’échange d’un RTT par an pour des formations aux NTIC dans le cadre du dispositif de compte épargne temps ; 8- Développement des partenariats privé/public pour permettre l’accès à l’Internet dans les zones économiquement non rentables ; 9- Faciliter l’accès à l’Internet des personnes handicapées ; 10- Campagne de communication pour sensibiliser les non-utilisateurs ; 11- Multiplication des initiatives permettant d’utiliser les TIC au service de projets destinés à des populations défavorisées dans un objectif de développement social ; 12- Multiplication des bornes d’accès à Internet dans les lieux publics ; 13- Développement des partenariats de recherche privé-public ; 14- Reconnaître qu’en plus de savoir lire et écrire, il faut savoir se servir d’un ordinateur et d’Internet ; 15 - Prendre l’engagement de préserver en France le nouvel espace de liberté que représentent Internet et les plateformes de contenus générées par les utilisateurs.

Dans la foulée de cette dernière proposition, j’en propose volontiers une autre qui, à mon sens, mériterait d’être , à elle seule, une mesure à part entière: Apprendre à décrypter, trier, organiser, maîtriser ce que l’on trouve sur Internet. Car point de liberté sans maîtrise de la pensée et de la connaissance. L’afflux d’informations ou de sollicitations en tous genres peut déstabiliser et formater ceux qui ne sont pas préparés à les décrypter. Je pense notamment aux plus jeunes mais en réalité ce danger guette tous les âges de la vie.

Internet est devenu effectivement incontournable. Depuis le Référendum sur le projet de Traité constitutionnel - où les débats de qualité se faisaient surtout sur cet espace de communication - les candidats aux élections l’ont bien compris : le Net a transformé leur rapport avec le citoyen qui désormais ne s’en laisse plus compter. Plus encore : l’aspiration au renouvellement de la démocratie est en train d’y “bouillir”.

Simplement, comme tout lieu de liberté et d’épanouissement, on devra toujours se défendre de ceux qui s’en servent comme un nouvel outil d’esclavage ou de propagande au service de leur vice, de leur intérêt ou de leur pouvoir.

Qu’on le veuille ou non, cela s’apprend!


(1) source Eurostat, statistiques TIC, 2007.

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Savez-vous que le respect de la possibilité du vote blanc constitue un des critères d’agrément d’une machine à voter (1) ? Serait-ce donc le signe d’une reconnaissance future de ce vote qui suscite pétitions et sites Internet mais bien peu, reconnaissons-le, l’intérêt des médias ?
Pour l’heure, le vote blanc – il consiste pour un électeur à déposer dans l’urne un bulletin dépourvu de tout nom de candidat- s’il est reconnu par le code électoral (2) n’a aucune valeur juridique. Il est bien comptabilisé mais assimilé au vote nul. Pourtant l’électeur fait l’effort de se déplacer. Il n’annote ni ne déchire aucun bulletin.
Le conseil constitutionnel publie sur son site un tableau sur les conséquences que pourrait, d’après lui, entraîner la comptabilisation des bulletins blancs parmi les exprimés : En ce qui concerne les élections municipales, il y aurait, pour les villes de plus de 3500 habitants une complication des calculs dûe à la modification du quotient électoral. Quant à celles qui en comptent moins de 3500, une « complication inutile » puisque l’élévation du chiffre de la majorité absolue rendrait « l’élection au premier tour plus difficile, sans grand risque de modification du résultat final », sans compter que « dans l’hypothèse où les bulletins blancs auraient obtenu la majorité relative au second tour » personne ne peut être élu. Il y aurait donc impasse. Le Conseil reconnaît bien pourtant que cette démarche n’a rien à voir avec l’abstention ou le vote nul et émet même la proposition qu’on décompte à part les bulletins blancs, mais « en aucun cas, en les assimilant aux suffrages exprimés ».
De leur côté les partisans de la reconnaissance du vote blanc, parmi lesquels de nombreux élus, le réclament au nom de la crédibilité démocratique. En 2002, deux propositions de loi ont même été déposées à l’Assemblée en vue de sa reconnaissance. Six organisations de l’Union européenne ont aussi décidé d’unir leurs efforts en créant le collectif « Citoyens européens pour le vote blanc »

Ne faut-il pas prendre le risque de ce nouveau visage de l’élection ?
Pourquoi craindre que le vote blanc fragilise le système des partis politiques ? Après tout, N’auraient –ils pas besoin d’un tel aiguillon pour s’obliger à unifier en profondeur leurs méthodes avec leurs objectifs ? Certains opposants à sa reconnaissance objectent aussi que le citoyen peut contribuer à améliorer la vie politique en se présentant lui même comme candidat ou en militant au sein d’un parti.
C’est exact. Beaucoup s’y essaient … et pourtant les français notent bien peu le renouvellement des hommes et des femmes politiques !

Il est vrai qu’il faudra bien plus que la reconnaissance d’un vote blanc pour améliorer la prise de conscience démocratique (3)

(1) art. L. 57-1 du code électoral(2) article L 66(3) Notamment légiférer sur les cumuls et la limite de renouvellement des mandats, progresser dans l’articulation entre les compétences de la société civile et les institutions et rédéfinir plus clairement quelles sont les valeurs obligées de la démocratie.

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