Tout le monde savait que les irlandais diraient non au Traité de Lisbonne comme les Français l'auraient à nouveau fait et sans doute aussi la plupart des pays de l'UE s'ils avaient été interrogés dernièrement par référendum.

Comment en aurait-il été autrement ?

Pour qu'il n'en soit pas ainsi, il faudrait vibrer un minimum pour l'Europe. Vous en rencontrez beaucoup de français qui s'intéressent à son devenir au point de vous en dire du bien, d'en faire un sujet de conversation aimable ? Pourquoi les Irlandais feraient-ils mieux ? Les subsides européens reçus à profusion pour les sortir du sous-développement économique ont atteint leurs objectifs même si, aujourd'hui, comme tous les pays du monde, l'Irlande, traverse des difficultés économiques.

Mais l'erreur a été de tout miser sur l'Europe économique, comme si l'argent rendait généreux ! On a pourtant des siècles d'expériences humaines qui nous expliquent le contraire. Il amène le confort, voire le pouvoir et l'égoïsme mais très peu le partage. La parabole évangélique est plus que jamais d'actualité : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille, que pour un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu » (Math 19-24).

En Irlande, ce pays très catholique où l'on aime chanter et festoyer, on ne sert pas les gens de couleur dans de nombreux pubs ! Et ne croyons pas que c'est une exception. Quant aux rixes entre irlandais et polonais, elles sont loin d'être un jeu d'enfants. On a tellement peur que les « étrangers » vous prennent votre travail, vous dépouillent de votre culture !

Après le référendum français de 2005 qui a permis, enfin, des débats démocratiques et révélé l'incompréhension entre les élites et le peuple, on aurait pu continuer de parler d'Europe aux français. Je me souviens que c'était le vœu du ministre des Affaires Etrangères de l'époque. Mais on aura encore raté le coche. Les associations de terrain qui avaient commencé un travail prometteur, se sont découragées, faute de subsides. Aucune émission pédagogique sur l'Europe programmée sur les chaînes nationales. Il faut, - et encore ! , un fait divers bien terrible, pour qu'on sache ce que vivent nos voisins européens. Quant aux élus, qu'est-ce qu'ils peuvent bien dire à leurs concitoyens sur l'Europe ? Interrogez-les et vous verrez que la réponse est « pas grand-chose » si ce n'est " rien".

Toutes ces raisons participent au fait que les Français eux-mêmes ne se sentent pas concernés par la présidence de l'UE qui revient dans quelques jours à leur pays. Une présidence dont l'Europe n'a pas à attendre grand-chose. Il y aura bien entendu quelques rencontres culturelles qui resteront la plupart du temps inconnus du grand public. Le temps qu'on préside des colloques entre privilégiés et les six mois seront déjà passés.

On veut faire une Europe politique démocratique mais on s'est visiblement trompé de plan d'action.

Un élargissement trop hâtif, le problème des langues si présents dans le questionnement des citoyens européens et qui n'obtient aucune réponse, des décisions incomprises et imposées par le haut, ... autant de freins qui font que l'UE s'embourbe dans l'inextricable. Elle aura bien du mal à s'en sortir en respectant les règles démocratiques. Ne parle t'on pas déjà de passer outre le non irlandais ?

C'est ainsi que l'on fait le lit des souverainistes, conservateurs ou idéologues de tous bords qui posent souvent les bonnes questions et ont toute latitude, en amalgamant le vrai et le faux, de profiter de l'ignorance des citoyens .

Face à cette guerre des pour et des contre, nous pourrions bien avoir les meilleurs spécialistes, des partis politiques enfin européens ( ce n'est plus tout à fait un rêve : cf l'exemple de Newropeans, premier mouvement politique transeuropéen *) que cela ne suffirait pas encore à éveiller une conscience européenne en chacun de nous.

Pour cela il faudrait des créateurs de liens. On en manque cruellement et quand il s'en présente devant nous, quel accueil leur fait-on ?

Un exemple. Il y a quelques mois, un de mes amis, professionnel de la communication, a eu une idée très originale dont je ne peux vous révéler encore la teneur. Une idée capable d'éveiller un peu plus la conscience européenne. Des équipes commençaient de travailler sur le sujet avec beaucoup d'enthousiasme. Tout était prévu. Les encouragements de commissaires européens n'ont pas manqué. Je peux témoigner du bon accueil reçu dans les bureaux des ministères où il m'avait demandé de l'accompagner. Mais aux dernières nouvelles, son idée est en passe d'être récupérée par plus puissant que lui.

Encore un citoyen porteur d'initiatives qu'on aura sacrifié sur l'autel de l'élitisme politique et de la finance.

* Newropeans est le premier mouvement politique transeuropéen à se présenter aux élections du Parlement européen dans plusieurs états-membres en 2009. Son objectif est de démocratiser l’Union européenne et de renforcer le rôle de l’Union européenne dans le monde. Depuis mai 2008 Newropeans a lancé officiellement sa campagne électorale en Allemagne, Italie, Pays-Bas et, en France. Après une campagne active durant l’été 2008 sur les plages européennes, la campagne sera également lancée dans les autres pays européens. En savoir plus


Isabelle Deschard

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