Mes notes
C’est au sein de l’Europe qu’évoquer l’ « identité nationale » a sa raison d‘être.
Ce que l’on fait naturellement chaque fois que l’on veut marquer les caractéristiques d’un pays par rapport à un autre. Si l’Europe s’organisait pour gommer les identités, on comprendrait que les pays résistent en se dotant, pourquoi pas, d’un ministère de l’identité nationale. Je n’ai pas vérifié si la Pologne a un tel ministère mais cela pourrait se concevoir, vu les propos du Président actuel, M. Kaczynski, lorsqu’il déclare qu’au sein de l’UE, « il est normal que chaque pays défende le système qui lui est le plus avantageux ». Il s’agit surtout pour lui de bénéficier des fonds européens sans apporter de pierre à la construction commune.
Rassurons-nous. Ceux qui pratiquent l’Europe au quotidien sont conscients des progrès qu’elle doit encore accomplir dans de nombreux domaines mais peuvent témoigner que loin de réduire les identités, elle en encourage au contraire la valorisation et s’en enrichit.
Les 7 français sur 10 qui se disent fiers d’être européens n'ont pas de crainte à cet égard puisque 91 % de ces mêmes sondés affirment aussi qu’ils sont fiers d’être français. Dieu merci, il y a des hommes et des femmes, et parmi eux de nombreux polonais, qui s’ouvrent à une toute autre conception de l’Europe. Ce sont ceux là, qui préparent non pas l’européisme mais l’identité européenne de demain. Faudra t’il pour autant doter l’UE d’un ministère de l’ « identité européenne » ? Prendre le risque de l’épuiser dans des débats entre ceux qui la conçoivent comme figée dans son histoire et ceux qui veulent la faire évoluer sans ses racines ? Dans les deux cas d’ailleurs, cela revient à considérer que les racines ne donnent que de mauvaises herbes. Ne faut-il pas au contraire faire un peu plus confiance à la nature et laisser cette identité se fortifier et se révéler sans « désherber » systématiquement les nouvelles pousses ? En France, on parle en ce moment d’associer un ministère de l’immigration à celui de l’identité nationale. Que pour acquérir la nationalité de son pays d’accueil, un immigré s’engage à en respecter le contrat social - lois, règlements, civisme, laïcité,... - c’est une nécessité désormais bien partagée. Qu’il le fasse au sein d’une cérémonie publique qui officialise l’accueil réciproque c’est encore mieux. C’est le sens de ce que l’on appelle l’intégration. Je ne souhaite pas tomber dans le jeu d’un systématisme partisan. Mais dans un pays comme la France, l’ « identité » a facilement, sinon d’abord, une autre connotation. On l’assimile à l’identité culturelle ou religieuse. Or on sait bien que ceux qui en parlent le plus pensent qu’elle était gravée dans le marbre avant la Révolution ou au mieux lui accordent quelques décennies supplémentaires. Le respect du contrat social ne leur suffit pas. Ils posent à un immigré, comme condition à son intégration, la rupture avec sa propre culture. Ils oublient ou veulent ignorer qu’en réalité l’histoire accompagne notre identité, vouée comme elle à évoluer, s’enrichir et changer de visage. Il en est comme de l’identité européenne . Je suis le même individu que celui de la photo de ma carte d’identité mais dix ans après, il vaut mieux que je la renouvelle pour que l’on me reconnaisse. Cela n’est encore rien à côté de ce qui est pour moi essentiel : il y a de fortes probabilités que je ne sois pas la même personne que celle que j’étais il y a dix ans. Au fur et à mesure de mes rencontres, selon les amitiés que j’ai liées, les engagements que j’ai pris, ma capacité à ouvrir mon cœur et mon intelligence, mes repères culturels et humains se sont élargis. Maints exemples comme celui-ci peuvent être donnés. Ce qui est vrai à l’échelle personnelle l’est aussi à celle de mon pays. « Veillez à la culture de votre nation. C’est ce qui fait en l’homme l’humain » rappelait JP 2 à l’Unesco * La culture de ma nation a désormais une spécificité interculturelle. C’est son identité d’aujourd’hui. L’accepter, c’est préserver la paix sociale. S’en réjouir, c’est déjà participer à sa progression. Ne prenons pas le risque de nous déshumaniser. * Discours de l’Unesco 1980 |
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