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Samedi 4 Septembre 2010
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Dix-huit coups d’État depuis 1932 ! S’il est un pays spécialiste de l’instabilité politique, c’est bien la Thaïlande. Jadis appelé Siam, cet État de l’Asie du Sud-est constitue une monarchie constitutionnelle au sein de laquelle l’armée a souvent joué les premiers rôles. Dernier exploit en date de ces militaires ombrageux ? Le 19 septembre 2006, profitant d’un voyage à l’étranger du premier ministre Thaksin Shinawatra, ils prennent le pouvoir à Bangkok, décrètent la loi martiale, dissolvent le Parlement, annulent la Constitution et restreignent sévèrement les libertés publiques.
Depuis lors, le pays est coupé en deux. D’un côté, les “chemises rouges” de Shinawatra, exilé au Royaume-Uni ; de l’autre, les partisans de l’armée et du roi Bhumibol Adulyadej. Dans un premier temps, les seconds paraissent l’emporter. En effet, le nouveau premier ministre Surayud Chulanont, choisi par l’armée, réussit à faire approuver par référendum une nouvelle Constitution le 19 août 2007. Celle-ci prévoit des élections législatives pour le 23 décembre suivant. Et là, les militaires se ramassent une beigne : sur 480 sièges au Parlement, pas moins de 232 vont au PPP, parti pro-Shinawatra, dont le chef forme un gouvernement comprenant plusieurs fidèles de l’ancien premier ministre. Lutte des classes
La réaction des partisans des militaires putschistes prendra la forme de violences récurrentes, dont les plus graves concernent l’occupation des deux principaux aéroports de la capitale en décembre 2008. C’est dans ce contexte tendu qu’il convient de replacer les évènements dramatiques de ces derniers jours, au cours desquels les heurts entre militaires et “chemises rouges” ont fait deux morts et 123 blessés. Les manifestants demandaient de nouvelles élections ainsi que le retour de Shinawatra. Pour toute réponse, ils auront roit à la proclamation sine die de l’état d’urgence par le nouveau premier ministre, Abhisit Vejjajiva.
Mais que cache exactement cette énième crise ? Il semble qu’il faille voir en elle un nouvel avatar de la lutte de classes entre, d’une part, les masses déshéritées supportrices de Shinawatra et, d’autre part, les élites conservatrices favorables à l’armée et au roi. Les premières nommées, surtout rurales, réclament une “démocratie réelle” au sein de laquelle le chef de l’État se bornerait à régner sans plus gouverner, tandis que les secondes veillent essentiellement sur la sauvegarde des “vieux et mauvais usages” de la gouvernance thaïlandaise traditionnelle. Certes, les “chemises rouges” ne font pas toutes confiance à Shinawatra, certaines d’entre elles l’accusant d’être avant tout un milliardaire populiste assoiffé de pouvoir. Mais faut-il pour autant abandonner le petit peuple thaïlandais aux forces conservatrices ?
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Louis MATHOUX
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