Depuis quelque temps, on parle à nouveau de la possibilité d’instaurer une taxe sur les transactions financières, afin de décourager la spéculation à court terme. Cette idée est loin d’être neuve. Très populaire dans les années 1990, elle a été émise pour la première fois en 1972 par un professeur américain de l’Université de Yale : James Tobin. Le principe est simple : il s’agit de ponctionner un pourcentage très réduit (entre 0,01% et 0,5%) sur le produit de chaque transaction financière afin de diminuer la marge bénéficiaire des spéculateurs et, par conséquent, les inciter à réduire le nombre de leurs opérations. On sait, en effet, aujourd’hui, que c’est la volatilité des mouvements de capitaux à court terme qui est à l’origine de la crise économique que nous traversons actuellement.
Mais ce n’est pas le seul avantage de la taxe Tobin. Celle-ci pourrait également servir à générer des fonds destinés au développement, notamment dans les pays du Sud. Depuis peu, une troisième bonne raison de l’adopter est même apparue dans les débats. En effet, chaque fois qu’un problème a touché les marchés financiers, les pouvoirs publics sont venus directement au secours du privé. La taxe Tobin serait donc un juste retour des choses. Elle permettrait d’alimenter un mécanisme d’assurance auquel les acteurs financiers pourraient recourir s’ils rencontraient des problèmes comparables à ceux de l’an dernier.
Que l’on reparle de la taxe Tobin est donc une excellente chose et nous ne pouvons qu’encourager les responsables politiques à aller dans ce sens. Il faut toutefois se garder de tomber dans l’optimisme béat. Cette taxe ne résoudra pas à elle seule tous les problèmes. C’est tout notre système économique et financier qui doit être repensé et réformé. De toute façon, pour être tout à fait efficiente, une telle taxe doit être adoptée par un maximum de pays. Sinon, le risque est grand de voir les capitaux fuir là où elle n’est pas d’application. La balle est donc dans le camp du G20, car sans lui, il n’y a pas d’avancée possible dans ce domaine. La Belgique, elle, a déjà fait son choix, puisqu’une loi Tobin a été votée en 2004 et n’attend plus que l’acceptation des autres pays de la zone euro pour pouvoir être appliquée. Preuve que notre petit pays peut être pionnier lorsqu’il ne se laisse pas déborder par les débats institutionnels.