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Les éditos de Dimanche Express

Sans baptême ni crucifix



Sans baptême ni crucifix
La campagne de débaptisation fait la une, notamment dans la très catholique Italie, mais aussi en Belgique. Les chiffres, sans être impressionnants, sont bien réels. Qui peut donc crier victoire ? Certainement pas l’Église. Voir ses enfants – “notre mère la sainte Église”– s’en aller en mauvais termes n’est pas réjouissant. Elle ne peut manquer de s’interroger : que n’ai-je pas fait, qu’ai-je mal fait pour que certains – sans doute proportionnellement peu nombreux – quittent les rangs à grand renfort médiatique ? Et il n’y a pas que la débaptisation, il y a aussi les prises de distance dans l’indifférence, voire le mépris. Un examen de conscience est urgent. Et surtout de la créativité et de l’audace.

Et la société laïque, pourrait-elle se réjouir ? Guère plus, à notre avis. Les discours entendus sont trop souvent – mais pas uniquement, il est vrai – revanchards, du genre crise d’adolescence : nos parents ont tout faux ; nous, on refera le monde ! Hélas, l’actualité ne semble pas au rendez-vous de ces utopies. Notre modernité bat de l’aile. “Nous autres, civilisations, savons maintenant que nous sommes mortelles”, a pu écrire Paul Valéry. On a toujours le droit de renier son passé, mais encore faut-il mettre quelque chose à la place… La Rome éternelle – celle de Romulus et Rémus – a fini par tomber faute de convictions internes. Où est le feu sacré pour animer nos sociétés, sinon la conservation de nos acquis et le maintien de notre position privilégiée dans le monde ? On peut toujours enlever les crucifix, mais qu’y aura-t-il sur les murs pour enflammer les coeurs ? Que transmettra-t-on à nos enfants ? Même si tout le monde ne s’est pas laissé bousculer par le message du prophète de Nazareth et que certains en ont profité pour se hisser sur le pavois, l’Évangile a suscité bien des héroïsmes et de la sainteté au cours de ses vingt siècles. L’équivalent ne semble pas encore disponible sur le marché.
Cela dit, la société s’étant profondément transformée, il faut que l’Église, qui elle aussi a changé, y revoie sa place et réfléchisse non pas à son message – l’Évangile est somme toute assez simple – mais la manière de le vivre, de le célébrer et de le proclamer. Ainsi les sacrements. Ne sont-ils pas trop souvent réduits à des gestes vaguement sacrés – quelle société peut définitivement se passer de religion, fût-elle civile ? – alors qu’ils ne produisent leurs effets que dans une démarche de liberté ?

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Charles DELHEZ


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