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Samedi 4 Septembre 2010
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Quelle place pour les personnes exclues dans la construction d’une Europe plus juste et plus solidaire ?

La pauvreté est-elle un événement ? Fait-elle irruption dans la vie sociale ? Chacun pourra prendre position face à ces deux questions en apparence impertinentes et produira des discours, des analyses ou des silences. Par leur caractère endémique, par l’interrogation qu’elles provoquent, par les comportements qu’elles remuent, la pauvreté et l’exclusion devraient être des signes qu’il n’y a pas de futur qui ne tiendrait compte de l’inter dépendance entre les hommes. Si hier, les règles sociales commandaient des conformismes de pensée, aujourd’hui elles exigent des initiatives nouvelles afin de ne pas se résigner à voir tant de personnes souffrant d’une sorte de pathologie de l’insuffisance. La lutte contre la pauvreté est un antidote vigoureux face à une société dépressive où le conflit sociopolitique est dangereusement silencieux. Comment saisir ensemble l’intime et le social ? Tel est le projet, trop ambitieux, des réflexions qui suivent.



« Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes »
Jean Monnet

Quelle place pour les personnes exclues dans la construction d’une Europe plus juste et plus solidaire ?

1. Du danger des modèles anthropologiques

Le thème biblique de l’homme créé à l’image de Dieu n’est-il pas trop souvent un point d’appui majeur pour une anthropologie comportant une conception assez prométhéenne de l’homme car elle fonde une sorte de maîtrise démiurgique de l’homme sur le monde et donc sur lui-même, tout du moins en puissance ? Il n’est pas dans mon intention d’évacuer ce thème théologique capital mais il me semble que, à trop tirer sur la ficelle, on a pris le risque dangereux d’élaborer des discours qui finissent par être inaudibles. Les récits bibliques ne peuvent être isolés. La création est inséparable d’une histoire de salut. Rien n’est figé. On ne trouve certainement pas dans l’Ecriture un modèle anthropologique unique. Toute tentative de compréhension de l’homme ne peut donc qu’être modeste.


Les institutions internationales se sont forgé des chartes ; les associations se dotent de visées (1) . Ces tentatives sont importantes car sinon l’action est impossible. Nos civilisations ont découvert leur possible mort. La nécessité de système de valeurs apparaît. Son fondement ne réside plus dans les valeurs elles-mêmes mais dans la nécessité de celles-ci. Dans nos sociétés, nous constatons qu’aucune norme n’est suffisante pour se constituer en base commune. Il ne peut y avoir d’évidence éthique puisqu’il n’y a pas d’évidence anthropologique. Pourtant il faut agir et donc dialoguer afin de constituer des bases de construction du lien social. C’est bien ce qui s’est déroulé au cours des travaux récents pour l’élaboration d’un nouveau traité constitutionnel en Europe qui lui aussi a cherché un équilibre entre la notion de personne et une communauté de destin.

La Bonne Nouvelle invite donc à mon sens l’Eglise à déjouer les pièges de l’allégeance et de la suppléance. Aujourd’hui ce sont plutôt ces derniers que l’Eglise doit éviter de peur qu’elle ne devienne à la longue qu’un officieux sénat. Le souci de se tenir à l’écoute des problèmes réels du monde est donc vital. Si ceux-ci ébranlent l’Eglise et les chrétiens dans la compréhension qu’ils ont de leur mission et de leur vocation prophétique, ils doivent conserver en mémoire que la loi est un don, que le sabbat est fait pour l’homme et non le contraire. Sur cette base, appréhendons désormais la place des personnes exclues et pauvres dans le jeu social.

(1) le mot vision en anglais

2. Les requêtes de l’accompagnement : soutenir la prise de parole des personnes exclues

La pauvreté est une violation des droits fondamentaux. Dès lors, toute tentative de partenariat et d’action avec les plus exclus passe par une restauration de ces droits.

Cependant ces bonnes intentions peuvent se heurter à des difficultés importantes et ne rester qu’au stade de l’incantation sans aucun effet performant sur les réalités.
Prenons l’exemple des tentatives d’associations des usagers des secteurs psychiatriques. A la fois groupe de soutien, lieu de convivialité amicale, mais aussi groupe qui souhaite améliorer les soins et les relations avec les institutions, ce type d’association cherche un équilibre entre l’amitié et le professionnalisme. Le monde « extérieur », sous-entendu celui des gens sérieux, ne reconnaîtra cette association que si elle adopte les mœurs prétendument professionnels et les standards de management et de gestion habituellement en vigueur (élection, comptabilité, etc.). Or ces schémas constituent déjà en eux même une pression qui risque de mettre à mal le caractère amical essentiel à des personnes qui, du fait de leurs souffrances psychiques, ont déjà tant de mal à se relier aux autres. Accompagner un tel groupe prend du temps. Témoigner, élaborer un schéma narratif pour transmettre le vécu de l’existence, préciser les demandes, tout ceci demande patience, compétence et amour. Si l’on songe à la représentation légale des usagers, aux droits de l’homme dans les institutions de soins, aux difficultés pour les usagers d’être des co-partenaires dans les choix de traitements, le parcours est long pour réellement construire des projets qui permettent aux personnes de se prendre en main et de vivre un réel processus d’empowerment pour qu’elles puissent peu à peu avoir un réel impact sur les réglementations et les politiques. Si au niveau local la place des personnes exclues est un combat permanent, quel espace concevoir au niveau européen ? Nos institutions caritatives ont-elles réellement le désir de faire de la place aux personnes exclues pour qu’elles puissent elles-mêmes exprimer leurs colères, leurs souffrances et leurs besoins ?

Dans l’accompagnement des personnes exclues, il n’est pas rare de devoir faire face à des souffrances psychiques importantes. Chacun est invité à une cure d’âme car il faut faire face, sans être angoissé, aux révoltes, aux abattements de ceux que nous prétendons aider. La peur d’une discrimination accrue, l’expérience d’une fraternité absente, la honte qui colle à la pauvreté : autant de facteurs qu’il faut appréhender. La pauvreté et l’exclusion posent des défis au « vivre ensemble ». Le plus souvent, ceux qui sont touchés par la pauvreté se trouvent confrontés à un grand désarroi, aux préjugés, aux discriminations, à la résignation. La pathologie sociale s’installe avec pour corollaire la perte de l’estime de soi et le vide relationnel. C’est pourquoi de nombreuses associations, telles les Caritas, oeuvrent pour qu’un tissu relationnel se ré-instaure.

Il s’agit donc de permettre aux personnes de mettre des mots sur leur malheur. Un tel processus nécessite des relais, des instances, des lieux d’expression. En effet, l’épreuve de l’exclusion est paradigmatique de ce hiatus parfois insurmontable entre le ressenti et le dicible. L’énonciation participe d’une victoire possible sur le temps. La pauvreté qui se glisse le long des fractures de nos sociétés requiert de multiples formes de solidarité. La première d’entre elles est de permettre aux personnes de se dire. Groupes de paroles, soutien psychologique, possibilité de témoignage : autant de contextes nécessaires au mieux être non seulement des personnes exclues mais aussi des agents sociaux.

Finalement, permettre à l’homme de se dire, c’est prendre parti pour la solidarité, c’est lutter contre l’abandon de celui qui est fatigué. Ce Credo éthique n’est en rien théorique. Il est combat tant au niveau local qu’au niveau national ou européen. Bien souvent la pauvreté est trop souvent gênée pour montrer son visage. Ceux qui sont extrêmement pauvres se cachent souvent car ils ont trop honte d’être vus. De plus la pauvreté affaiblit l’esprit. La lutte contre la pauvreté est autant une question de restauration de la confiance des personnes qu’une question macro-économique. Le « dire » permet aussi au sujet de libérer ses émotions. Il n’est pas un moyen mais le lieu même de la construction du lien social.

Aujourd’hui sur la scène européenne, trop peu est fait pour que ce dire des personnes exclues soit entendu. Le temps pris par les personnes pour élaborer leur parole n’est pas le même que celui des politiciens et bureaucrates qui délivrent des speechs. La durée d’attention des leaders politiques est faible à l’époque des téléphones portables. Depuis trois ans la Commission Européenne en lien avec les pays assurant la présidence de l’Union Européenne, organise des Tables Rondes sur l’exclusion sociale afin d’analyser les stratégies mises en œuvre. Caritas Europa, en lien avec d’autres ONG, a tenté d’influencer les agendas afin de faire en sorte que les hommes politiques et responsables ne prennent la parole qu’après avoir entendu des personnes en situation d’exclusion. Certes ceci peut paraître bien modeste mais cela participe des actions qu’il faut entreprendre pour conscientiser le plus possible les leaders politiques. La production par Caritas Europa de rapports sur la pauvreté en Europe et sur les conséquences de l’élargissement dans les pays limitrophes de l’Union Européenne participe aussi, sans doute modestement, de cette nécessité d’être vigilants pour que la lutte contre la pauvreté et l’exclusion soit l’objet de politiques coordonnées et renouvelées entre les Etats membres. C’est ce type de combat qu’il faut mener et que nous poursuivrons pour lutter contre les rhétoriques politiques sur la pauvreté et tordre le cou aux clichés qui ne sont que les masques d’une angoisse sociétale.

Briser les tabous du silence, c’est reconnaître la finitude de l’homme ; il s’agit finalement d’un acte de conscience. Dans nos sociétés qui évacuent dans leurs marges et au-delà des frontières ses propres turpitudes, les Caritas ont pour responsabilité de remettre au centre la fragilité humaine. La pauvreté teste notre humanité. Elle révèle notre fragilité et nos difficultés à vivre ensemble. Elle est un défi pour nos égoïsmes.

3. A propos de la dignité

Selon la Déclaration Universelles des Droits de l’Homme, « la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables, constitue le fondement de la liberté, la justice et la paix ». Dans cette Déclaration il est à noter que la dignité est peu définie alors que les droits sont énumérés. « La dignité semble être le propre de chaque homme dans la mesure où les droits et les devoirs qui lui sont liés sont reconnus et mis en œuvre. Ma dignité dépend de la liberté qu’on me reconnaît ; elle est partielle dans la mesure où nous nous refusons mutuellement une pleine dignité. Cependant, même si la paix semble être une utopie compte tenu de la violence inhérente à la condition humaine, il n’empêche que la dignité peut constituer une visée éthique en tant que telle. Aux principes de liberté, de justice et de paix déclinés dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, la dignité est de l’ordre de l’attitude éthique prenant en compte le respect de l’intégrité physique et morale de chaque homme (…) La dignité devient dès lors ce paysage intérieur et cette puissance d’existence qui tracent le cheminement de nos vies et leur confèrent signification ( 2) ». Finalement la dignité peut être un principe actif qui nous mobilise pour résister à toute tentation et à tout geste qui dépossèderait l’homme de ce qui le constitue en profondeur.

Nous le savons, la Bible ne présente pas de réponse homogène aux problèmes du mal, de la souffrance et de l’exclusion. ; elle fait écho au cri de l’innocent ; elle s’indigne devant la souffrance du juste. Elle témoigne de l’existence d’un débat. Elle privilégie la praxis et non la théorisation théologique. En vertu de notre foi, nous sommes invités à un penchant partisan vers l’opprimé : c’est le sens des paroles du Christ sur le jugement dernier (Mt 25). Finalement les questions de pauvreté, d’exclusion, de souffrance et du mal en général, sont d’abord à appréhender dans l’engagement contre celles-ci. Décliner la dignité, entrer dans l’accompagnement, la défense et la promotion des plus faibles dans nos sociétés sont des attitudes et des engagements qui comportent de profondes résonances évangéliques et spirituelles. Une approche d’inspiration évangélique s’imposera dans sa tension à vouloir privilégier la communication et le dialogue. Nous sommes tous responsables les uns des autres. Le Christ attire particulièrement notre attention sur ceux dont nous nous sentons lointains ou différents.

Invoquer la dignité de chaque homme permet aussi d’éviter l’écueil de constamment mettre en avant les déficiences et les besoins des personnes exclues. Si l’on souhaite que les comportements sociaux évoluent, il faut aussi multiplier les initiatives qui valorisent et renforcent les potentialités des personnes. Il vaut mieux partir de ce que les personnes ont (3) , de leurs talents, de ce qu’ils veulent construire. Une telle démarche permet à terme la prise de responsabilité et dès lors restaure la fierté.


2- E. HIRSCH, responsabilités humaines pour temps de sida, Les empêcheurs de tourner en rond, Paris 1994, p.
3- Voir ici les terminologies des sans emploi, sans abris, sans papier…

4. Former l’opinion publique

La contribution des personnes en situation de pauvreté et d’exclusion dans l’édification d’une Europe plus juste et plus solidaire passe par une constante formation de l’opinion publique. Presse, médias, paroisses, quartiers, du niveau local au niveau européen, les ONG dont les Caritas ont un travail de médiation pour faire entendre la parole des plus exclus. Ce travail comporte de multiples dimensions, dont des enjeux en termes de langage.

Les pauvres, les personnes en situation de pauvreté, les victimes de nos sociétés, les assistés, la liste est longue des nombreux idiomes qui sont utilisés pour caractériser des personnes en souffrance, dans le besoin, dans le dénuement, bénéficiant ou non de divers types d’aides. Derrière les mots, il y a des enjeux de sens et des enjeux politiques qu’il s’agit de traquer afin de mieux repérer les obstacles culturels et politiques qui se dressent dans la construction d’une société plus solidaire.

Former les regards, libérer la parole, analyser les discours sont autant d’actions qui nécessitent des ressources, des moyens, des méthodologies. Finalement il faut une vraie volonté politique pour que les personnes en situation de pauvreté puissent participer aux processus de décisions. Cette volonté ne pourra prendre corps au niveau européen que si les gouvernements ont su en apprécier la valeur ajoutée dans leurs propres pays. C’est donc à l’échelon local, puis régional, puis national que se joue la construction d’une Europe solidaire. Bruxelles ne peut qu’amplifier des initiatives et non initier, si ce n’est de façon très limitée, un tel processus de transformation sociale. A chacun de « prouver » que la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale comportent des enjeux de santé économique et politique pour tous. A chacun de « prouver » que la subsistance du lien démocratique ne peut faire l’impasse du combat pour la remise au centre de ceux que nos sociétés condamnent à la marge. Le credo européen de la concurrence ne pourra s’équilibrer que sur une décision politique des chefs de gouvernements.
Seule une formation soutenue de l’opinion publique pourra influencer les gouvernements pour qu’ils traduisent sérieusement l’engagement pris au sommet de Lisbonne : réduire entre les années 2000 et 2010 la pauvreté de 50 % au sein de l’Union européenne.

5. Perspectives théologiques

Introduire l’exclusion et la pauvreté dans un questionnement théologique n’a en soi rien d’audacieux si l’on admet que toute la réalité humaine a droit de cité dans la recherche théologique. Nombreux sont les travaux qui ont tenté, à partir des réalités sociales, de revisiter le corpus théologique et ont, par là même, revitaliser le questionnement théologique en tant que tel. A l’instar des travaux de Moltmann quand il réfléchit à la question de l’écologie dans l’économie de la création, il faut viser l’objectif d’un travail théologique qui soit utile pour la société et pour l ‘Eglise. Il ne s’agit pas de « baptiser » des réalités sociales diverses et complexes mais d’y accueillir la croix du Christ comme source d’espérance. La théologie essaie dès lors de comprendre l’auto réalisation de la Bonne Nouvelle dans sa rencontre incessante avec les événements du monde. Elle comporte un souci missionnaire dans la mesure où elle est aussi attachée à rechercher une réconciliation permanente entre la foi et les réalités sociales. Dans le cadre de la foi chrétienne, rien de ce qui concerne l’homme ne peut se soustraire à la rencontre de l’expérience croyante. La théologie peut dès lors être comprise comme un service rendu à la parole de Dieu et par les croyants dans une situation humaine concrète.

Quelques considérations de théologie pratique

« D’abord, une théologie des réalités terrestres est justifiée, car les réalités terrestres font partie de l’objet matériel et formel de la théologie. La théologie, en effet, a pour objet matériel Dieu et les créatures en tant qu’elles réfèrent à Dieu ; de plus, la révélation parle des réalités terrestres, soit explicitement, soit indirectement, et à ce titre, elles entrent dans l’objet formel de la théologie : on peut parler des réalités terrestres du point de vue de la révélation. Même si le discours théologique se situe surtout sur le versant du « révélé implicite » et du « révélé virtuel » (distinctions qui étaient alors insistantes et récurrentes dans la théologie scolastique), il s’agit pourtant toujours d’un fragment de révélation à recueillir et à reconstruire ( 4)» .
C’est ce fragment de révélation que, ensemble, le théologien et le médiateur social croyant sont invités à mettre en lumière. Le propos d’une Caritas devrait aussi être de dépasser le caractère annexe que la théologie classique, objective et conceptuelle, réserve trop souvent à l’expérience humaine. Ainsi la mise en récit de l’expérience des personnes exclues débouchera sur une méta-narrativité qui invite à l’écoute des questions et évitera de surcroît une trop grande présence des faux docteurs qui se réfugient derrière leurs multiples réponses. Une telle approche vise à dialoguer et non à gouverner. Dans un contexte de confrontation des cultures et des pluralismes religieux, il est très difficile de construire une approche des problèmes sous un mode directement opératoire. La difficulté est qu’il n’existe aucune supra métanarration qui tienne ensemble nos histoires individuelles ; tout est, en effet, provisoire. Il n’existe pas de rationalité unique, mais une foule de rationalités en compétition, répondant à des cohérences internes, mais trop souvent incompatibles. Dès lors il faut combiner et forger une identité à partir des fragments de l’existence et éviter la tentation de se retirer dans des communautés culturo-linguistiques et vivre en leur sein comme si elles constituaient des certitudes fondamentales guidant nos vies. Mais il n’existe nulle part des certitudes de ce genre pas plus à Bruxelles, qu’à Madrid ou Moscou. Dire ceci, ne remet pas en cause l’espérance que, dans la foi, il existe un sens plus large du pleroma ou de la plénitude dans laquelle nous vivons.

« L’Eglise, maîtresse de vérité » : une confession qui pose problème

Confesser la foi induirait une sorte de droit. Cette problématique est importante car il s’agit de savoir si les chrétiens peuvent, à partir du contenu même de leur foi, concevoir et promouvoir tel ou tel type de lien social. Or le lien social est fragile et la société est, à juste titre, perçue comme incertaine. Chistoph Theobald analyse ainsi cette problématique en tentant de lui donner un horizon : « la foi trinitaire des chrétiens a, comme d’autres traditions, des difficultés à se laisser blesser par une méthode et une attitude intellectuelle qui ont eu pour effet, il faut l’avouer, de neutraliser les identités religieuses. Mais si elle se situe vraiment dans cette situation d’auto-interrogation, elle découvre qu’elle peut se comprendre, de façon absolument spécifique, comme une religion de communication, ce qui explique peut-être son affinité exceptionnelle avec toute une partie de la modernité occidentale. Mais il faut pour cela qu’elle réitère, d’une manière toute nouvelle aujourd’hui, un renoncement déjà très ancien et même structurel dans le christianisme : elle doit prendre ses distances avec le besoin imaginaire d’une gnose, même trinitaire, qui tenterait de surplomber les différences spirituelles de l’humanité, mais en quittant l’histoire ou en la dominant à partir de son point de vue totalitaire( 5) » . Le risque dénoncé ici revient au danger qu’il y a, au titre de la foi, à s’inscrire dans une sorte de messianisme politique qui finirait par pervertir le cœur du message évangélique.

Si on partage une telle inquiétude sur un plan global, il faut dès lors repérer les mécanismes insidieux qui travestissent le réel et la réalité pour préserver le discours, la structure, l’establishment. Personne, pas même l’Eglise ne détient la vérité. Celle-ci est de l’ordre du dialogue et du cheminement incessant. Dans la foi, nous affirmerons que la figure du Christ en est son parfait achèvement. Si Dieu rend libre, cette affirmation qui est théologique doit pouvoir être transcrite socialement.

( 4) R. Gibellini, Panorama de la théologie au XXème siècle, Cerf 1994, p.303
(5) C. Theobald, La foi trinitaire et l’énigme du lien social, Contribution à la théologie politique in collectif, Monothéisme et trinité, Facultés Saint Louis de Bruxelles, 1991, p.119

Mobiliser l’espérance

Sans aucun doute, les ONG ont ou devraient avoir une sorte d’humilité fondatrice car elles sont convaincues qu’aucune institution, gouvernementale ou même ecclésiale, universitaire ou même théologique, ne peut épuiser la complexité des réalités sociales. Parce que l’homme n’a pas le dernier mot sur lui-même, il reconnaît sa fragilité existentielle. C’est sur cette base que la fraternité se construit.
« Assurément, le solide fondement posé par Dieu demeure. Il a pour sceau cette parole : Le Seigneur connaît les siens » (2 Tm 2,19). L’espérance des chrétiens repose plus sur le fait que Dieu les connaît et non, comme dans la gnose, sur le fait qu’ils connaissent Dieu. Le croyant est invité à incarner l’amour et la prévenance de Dieu pour chaque homme. Promouvoir l’espérance, c’est chercher à lui donner du corps. Combien de visites auprès de ceux qui sont dans l’épreuve sont vides d’espérance par défaut de regards, de touchers, de vraies salutations ! Espérer c’est tenter de construire des solidarités réelles en fuyant la recherche d’un idéal. C’est un acte de foi dans le fait que le Christ rejoint l’homme dans ses angoisses et dans ses joies. Lui, le Miséricordieux, nous assure qu’il n’y a plus de lieux maudits.

Hubert Cornudet o.p



1.Posté par Claude Fayet le 29/10/2007 18:40
Voici le début d'une solution très concrète : Le Collectif d'Abolition des privilèges
http://abolitionprivileges.free.fr

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