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Samedi 4 Septembre 2010
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Diminuer la taille du texte Prémices de paix au Moyen-Orient ?par Roger Akl, Secrétaire général fondateur de l’Institut Tchobanian
La paix ? Quelle paix ? Comment faire la paix quand il y a la peur ? Comment ne pas avoir peur quand il y a tant d’injustice ? Comment reconnaître son injustice quand on croit que Dieu est avec soi ? Comment ne pas le penser lorsque les circonstances mondiales vous ramènent dans le pays promis à vos ancêtres[i], il y a de cela des millénaires et dont vous avez été chassé depuis deux mille ans ? N’est-ce pas Dieu qui justifie ? Peut-on ne pas croire à sa justification quand les plus grandes puissances mondiales vous appuient et que vous y possédez des groupes de pression si puissants que vous pensez pouvoir leur dicter votre politique suivant vos intérêts ?[ii] Seulement, malgré votre pouvoir international, malgré votre armée toute puissante, malgré vos deux cents bombes nucléaires, vous avez peur. Vous avez peur car vous n’arrivez pas à dicter la paix à vos conditions ; ce peuple qui habite la même terre que vous devient de plus en plus nombreux et possède des armes de plus en plus puissantes et une nouvelle stratégie qui a fait ses preuves au Liban et à Gaza. Vous avez peur car vous avez été si gourmand que vous avez colonisé de plus en plus et tant de terres que vous ne pouvez plus croire que ceux à qui vous n’avez laissé que des miettes puissent accepter la paix et ne pas chercher à se venger. Vous avez donné tant d’espoirs à votre population que vous ne pouvez plus reculer sans perdre le pouvoir. Vous avez construit tant de colonies à Jérusalem et dans les Territoires que vous n’osez plus chasser vos colons sans craindre la révolte de vos partisans les plus extrémistes et la chute de votre gouvernement.
Comment en est-on arrivé là et pourquoi aujourd’hui y aurait-il un espoir de paix ?
Tout cela a commencé durant la Première Guerre mondiale et le jeu des puissances voulant partager les dépouilles de l’Empire ottoman et les transformer en colonies. Cela s’est poursuivi avec l’Holocauste et le profit que les grandes puissances, surtout coloniales, pensaient tirer des malheurs du peuple juif pour dominer les sources du pétrole. Cela s’est poursuivi par la Guerre Froide et l’intérêt que l’Occident pouvait tirer d’Israël pour conserver la main sur les pétroles du Moyen-Orient. Cela continue aujourd’hui, car la seule superpuissance qui domine toutes les mers du globe ainsi que l’espace entourant la planète, a intérêt à engendrer le chaos en Eurasie pour empêcher l’émergence d’une puissance rivale.[iii] Diviser pour régner fut la stratégie de tous les empires depuis l’empire romain, ce fut la stratégie de l’empire britannique. Serait-ce aussi celle des Etats-Unis ? Celui qui a commencé est le plus injuste (dicton arabe).
Le rêve sioniste a commencé à Bâle, en Suisse, en 1897, mais ce ne fut qu’en 1919 qu’il reçut la promesse de sa transformation en réalité, quelle que soit l’injustice faite aux habitants de la Palestine, comme cela a été exprimé par la bouche de Lord Balfour : « Le Sionisme, qu’il ait tort ou raison… a beaucoup plus d’importance que les vœux des 700.000 Arabes habitant la Palestine… C’est pour cela que quelle que soit la considération qu’on doit donner à leurs opinions, les Grandes puissances, dans leur choix de la puissance protectrice[iv], n’entendent pas les consulter ». Ce fut ainsi que, par décision des Grandes puissances, des centaines de milliers de Palestiniens (ils sont aujourd’hui des millions avec leurs descendants) furent chassés de leurs foyers, jetés sur les routes, parqués dans des camps de misère durant soixante ans, tandis qu’Israël fête son indépendance tous les ans, depuis soixante ans. Aujourd’hui, Israël veut interdire aux Arabes palestiniens de commémorer leur deuil et d’enseigner dans les écoles comment les habitants de 418 villes et villages palestiniens furent forcés à fuir et sont devenus des millions de réfugiés de longue durée, pleins de colère et de haine, dans les pays arabes avoisinants[v]. Aujourd’hui Israël se dote de lois faisant d’Israël un Etat religieux juif, contradictoire avec toute idée de démocratie.
La Grande Bretagne, alors maîtresse du monde, avait intérêt à diviser ses colonies arabes et pétrolières et à les affaiblir par l’importation de peuples étrangers européens pour les empêcher d’avoir la force de l’en chasser. Alors commença une immigration et une colonisation juives, de plus en plus intensives, malgré les vœux de la population du « protectorat » que la Grande Bretagne avait pour mission de protéger. L’Holocauste et ses conséquences.
Qui regarde la carte du Moyen-Orient peut comprendre l’intérêt du gouvernement britannique à la création d’un Etat qui couperait ses colonies arabes pétrolières de l’Egypte, toujours sous sa coupe. Mais les Juifs devenaient de plus en plus nombreux et indépendantistes en Palestine et la Grande Bretagne a voulu en arrêter ou du moins en limiter l’immigration. Mais l’Holocauste donna au Président américain Truman l’occasion de forcer la main des ses « alliés » britanniques qu’il voulait gentiment chasser du Moyen-Orient, surtout que son prédécesseur (Roosevelt) avait signé avec le roi d’Arabie saoudite un accord, par lequel ce dernier lui concédait des faveurs pétrolières et financières contre la protection américaine, non à son pays, mais à la famille royale. Le résultat en fut que le protectorat palestinien devint rapidement ingouvernable, car Arabes et colons juifs non seulement s’entretuaient, mais encore s’attaquaient à la puissance protectrice. Ce qui poussa les Britanniques à s’en débarrasser sur le dos de l’ONU.
Le départ de la Grande Bretagne et la division de la Palestine en deux Etats.
La décision du Conseil de Sécurité du 29 novembre 1947 fut à l’origine de ce que les Arabes appelèrent la Nakba ou le grand désastre. Cette décision entraîna des guerres continuelles entre Arabes et Israéliens. Ces derniers mettent la faute sur les Arabes et en prennent jusqu'à aujourd’hui excuse pour expliquer leur accaparement de toutes les terres palestiniennes, parce que, disent-ils, les Arabes n’ont pas accepté les décisions de l’ONU. C’est ici que les termes de justice et de vérité prennent toute leur valeur. En effet, ce n’est pas parce que les Grandes puissances victorieuses de la seconde guerre mondiale, dont deux coloniales (Grande Bretagne et France), une impériale (Union soviétique) et une dictatoriale (la Chine nationaliste) et les Etats-Unis, nouveaux maîtres du monde, ont décidé cette division, qu’elle en est devenue juste et acceptable pour les populations arabes. Je dis bien populations, car les gouvernements arabes étaient tous sous la coupe des grandes puissances et que leurs armées étaient désarmées et n’avaient d’armes que le nom[vi].
La Palestine était constituée de 16 régions. Neuf furent données aux Juifs, alors que ces derniers n’étaient majoritaires que dans une d’entre elles (Yafa-Tel Aviv). Ils étaient fortement minoritaires dans toutes les autres.[vii] Ils ne possédaient pas la majorité des terres, au contraire, ils en étaient loin (30% environs). Cette décision injuste de l’ONU a résulté dans une guerre civile qui s’est transformée ensuite en guerre israélo-arabe. Cette guerre a été perdue par les Etats arabes, dirigés par des gouvernements à la solde de l’Occident, tandis que les colons juifs vivaient dans des forts ressemblant fortement aux forts américains dans les territoires des peaux-rouges. Ils étaient entraînés au combat par des années de guerre dans les armées occidentales. Les paysans palestiniens furent massacrés et purifiés ethniquement. Ils s’enfuirent de chez eux encore plus vite à cause des promesses mensongères des gouvernements arabes, leur promettant de les ramener chez eux par la force des armes. Les armées israéliennes conquirent alors dix fois le territoire qui leur avait été concédé par l’ONU. Les Palestiniens sont toujours aujourd’hui des réfugiés, parqués dans des camps, ayant perdu tous leurs biens, leurs foyers, leurs terres, leurs raisons de vivre. Ils sont en colère et pleins de haine, vis-à-vis d’Israël, du monde et même des gouvernements arabes qui les ont trompés, volontairement (car en ayant reçu l’ordre de leurs protecteurs) ou non. Ce fut à ce moment que furent semés les germes de l’intégrisme et du terrorisme. Situation actuelle des Palestiniens.
Je citerai une journaliste israélienne, Amira Hass, écrivant dans un journal israélien, Haaretz, le 4/8/2009 sous un titre ironique « Capuccino à Ramallah ». Elle écrit que 60% de la Cisjordanie est sous contrôle total israélien. Il y est interdit aux Palestiniens de construire des jardins d’enfants, des centres commerciaux, des cinémas, des réseaux de conduction d’eau, des antennes de communication, de creuser des puits ou surtout d’agrandir leurs villes et leurs villages.
On a bien retiré certains barrages militaires, mais seulement là où on a construit, sur des terres confisquées aux Palestiniens, des routes réservées aux Israéliens, tandis que les Palestiniens se débrouillent avec leurs chemins tordus, détournés et étroits. La plupart des Palestiniens ont perdu leurs terres fertiles de la vallée du Jourdain ou englobées derrière le « mur », devenu la nouvelle frontière de fait d’Israël, et autour des colonies israéliennes. Le retard économique de Gaza, par rapport à la Cisjordanie, n’a aucun lien avec la victoire de Hamas mais avec la politique de blocus : Israël a fait le blocus de Gaza, y emprisonnant ses habitants, quinze ans avant la scission entre Hamas et l’Autorité palestinienne. Les ministères israéliens de la Défense et de l’Intérieur continuent à contrôler les entrées et sorties des visiteurs étrangers en Cisjordanie et à Gaza, étrangers qui viennent pour offrir leur aide et leurs investissements, tandis que les hommes d’affaires et les académiciens, qu’ils soient Palestiniens ou de nationalités étrangères, sont soumis à de durs et fatigants contrôles et formalités. Il y a 19,8% de sans emploi. Entre 1999 et 2008, le niveau de vie a baissé de 28%. Jérusalem (arabe) s’est transformée en une quantité de quartiers pauvres et surpeuplés. Pour les Palestiniens de Cisjordanie, le Canada et l’Australie paraissent plus proches d’eux que leur ville de Jérusalem. Madame Hass conclut que les Palestiniens ne peuvent plus accepter de vivre ainsi et qu’une nouvelle révolte beaucoup plus violente que les autres est tout proche, tandis que les populations arabes des pays environnants et du Golfe, n’ayant plus confiance dans leurs gouvernements, jugés asservis à l’Occident, sont fortement tentées de se révolter et/ou de suivre les exemples du Hezbollah et de Hamas. D’où la crainte des gouvernements arabes et saoudien et leur refus d’offrir les nouvelles concessions (gestes de bonne volonté) demandées par le Président Obama. Non seulement Israël aurait alors, une révolution palestinienne (interne) et des guérillas sur toutes ses frontières, mais encore les gouvernements arabes « amis » de l’Occident seraient remplacés par des mouvements islamistes. Ils seront armés de missiles de plus en plus précis et de longue portée qui effrayeront tellement la population israélienne que tous ceux qui le peuvent émigreront. La moitié des Israéliens ont la double nationalité. Qui veut envoyer ses enfants au massacre sur des territoires de plus en plus étendus et dans des combats impossibles à gagner contre un ennemi invisible mais meurtrier ?[viii] Mais cela n’est rien à coté de ce qui arrivera dans le reste du monde musulman à commencer par le Pakistan nucléaire qui se défait sous les coups des islamistes. D’où vient donc mon titre de prémices de paix ? Guerre ou paix ?
C’est justement cette crainte d’un désastre imminent, aux pays du pétrole, arrivant au moment où le monde se débat dans la pire crise économique et financière, depuis 1929, que le Président Obama aurait décidé de s’ouvrir sur le monde musulman et de discuter avec les « Etats voyous », tels que définis par son prédécesseur. Dans son discours du Caire, il a parlé de la constitution de deux Etats, un Palestinien et un Israélien. Il a même exigé d’Israël d’arrêter de construire des colonies dans les territoires occupés. Ses émissaires et ceux européens n’arrêtent pas de visiter tous les pays arabes, dont la Syrie, et Israël à la recherche d’une solution de paix. Enfin, cerise sur le gâteau, la Turquie et la Syrie ont affirmé avoir créé un Conseil de Coopération, de Fraternité et d’Entraide qu’ils ont même appelé ‘gouvernement commun’. Ils ont même affirmé que ces accords ressemblent à ceux entre la Syrie, la Turquie et l’Iran et qu’ils incluraient d’autres pays. Sachant l’alliance entre la Turquie, les Etats-Unis et Israël, on ne peut que devenir optimiste et imaginer une paix s’étendant à toute la Méditerranée.
Seulement quand on voit comment le Premier ministre israélien a réagi aux propositions du Président américain, comment ce dernier et les chefs d’Etat européens ont accueilli et complimenté son acceptation d’un Etat palestinien castré de la partie arabe de Jérusalem et de la moitié des 22% de territoires qui lui restaient en 1967, on se demande s’il n’y a pas anguille sous roche, c’est-à-dire si ce n’est pas encore une nouvelle tromperie dans le cadre de la grande stratégie américaine de « chaos constructif » qui a commencé avec l’Irak et l’Afghanistan et se poursuivrait avec une guerre totale au Moyen-Orient, entre Chiites et Sunnites, et entre Arabes, Iraniens et Israéliens. Ce qui ne pourrait qu’affaiblir les puissances eurasiatiques, capables de mettre un jour en danger l’hégémonie américaine. Mais alors, pourquoi ces analyses dans les journaux israéliens et américains, dont celui[ix] de Carlos Duguesh, dans le El Nuevo Herald de Miami, le 7/8/2009 ? Monsieur Duguesh explique que les conditions israéliennes sont équivalentes à un refus : « Comment peut-on enlever à une nation le droit à une armée, le contrôle de son espace aérien et lui refuser le droit de choisir ses relations avec d’autres pays… De plus, comment exclure des négociations le sujet des colonies faites dans des territoires occupés par la force, celui du statut de l’Est de Jérusalem et celui des réfugiés ?... C’est en fait offenser l’intelligence de tous ceux qui s’intéressent à la paix (dont Obama). » Espoir de paix.
On ne peut qu’espérer que le Président Obama soit vraiment un promoteur de paix, car il ne peut pas ignorer ce qui saute aux yeux comme juste. Il est vrai que les Israéliens ont été employés par les grandes puissances pour leurs propres intérêts. Il est vrai que l’Holocauste de six millions de juifs est un crime impardonnable contre l’humanité, une injustice énorme. Mais il est vrai aussi qu’on ne corrige pas une injustice par d’autres injustices. Car les Palestiniens et les Arabes, dont les Libanais, sont aussi les victimes des conséquences de l’Holocauste et de la politique des grands. Si quelqu’un devait payer, c’était le criminel coupable, de ses propres biens et de ses propres terres et non les pays mis sous sa protection par une Société des Nations ou des Nations Unies obéissant au doigt et à l’œil aux grandes puissances. Un crime ne peut pas être réparé par un autre crime, au contraire… Hitler, en réponse à certains de ses adjoints, qui émettaient des craintes vis-à-vis des réactions internationales au génocide en projet, leur a répliqué : « qui se souvient du génocide des Arméniens ? »
Aujourd’hui L’Holocauste sert d’excuse au malheur de millions de Palestiniens et des habitants des pays environnants. Ces malheurs ont été à l’origine des mouvements islamistes, de la révolte iranienne, de l’OLP et surtout du Hezbollah et de Hamas, sans oublier les autres mouvements de résistance. Pourtant, on peut faire la paix quand on le désire. Si le Président Obama le veut, il le peut. La seule considération est la justice une justice qui ne peut que se baser sur la vérité. Cette vérité a été exprimée par les propres citoyens des Etats-Unis et d’Israël et la plupart d’entre eux sont juifs. Je suis certain que les Israéliens ont peur des conséquences d’un retrait des territoires occupés et aussi de reconnaître les droits des réfugiés palestiniens. Mais le monde responsable de tous ces malheurs pourrait bien aider à assurer la sécurité d’Israël et à dédommager les réfugiés et les installer dans des pays d’accueil ayant besoin de main-d’œuvre. C’est à ce moment qu’Israël pourra récolter des dédommagements bien plus grands que ce qu’il espère de ses chipotages sur les droits de passage ou l’ouverture de bureaux commerciaux que ses partenaires, les gouvernements arabes, ne peuvent ni lui concéder ni lui garder, car ils sont devenus trop instables parce que trop impopulaires à cause de lui et de ses alliés. Quant à la Grande stratégie américaine de diviser pour régner, c’est une stratégie qui n’est plus applicable dans les temps que nous vivons, car les armes sont devenues si destructrices, la planète a été tellement blessée que les divisions et les guerres risquent de la rendre inhabitable et d’annihiler tous les humains. Au lieu de s’accrocher à sa situation de seule superpuissance du monde par la force, les guerres et les divisions, pourquoi l’Amérique ne chercherait-elle pas à devenir le premier empire, accepté par consensus mondial, car promoteur du bien et de la paix ? Utopique ? Peut-être, mais un autre choix nous mènerait certainement à la catastrophe. L’Amérique a toujours voulu donner des leçons de morale, de même son allié Israël. Il est temps pour eux de donner l’exemple. Roger AKL
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