Pour un oecuménisme visible: Amis au-delà de leurs différences
L’oecuménisme, ils sont tombés dedans quand ils étaient tout petits… Serge Model, 37 ans, est né à Moscou mais vit en Belgique depuis sa plus tendre enfance. Il a publié une “Histoire de l’Archevêché orthodoxe russe de Bruxelles et de Belgique” . Michel Rongvaux, 42 ans, a très tôt baigné dans les relations avec le monde orthodoxe via le Foyer catholique oriental de Bruxelles et il s’est spécialisé dans l’oecuménisme à l’université de l’Angelicum à Rome.
Serge Model (ici dans la cathédrale Saint-Nicolas) est marié et père de famille
Tous deux exercent leur ministère à Ixelles : le père Model est vicaire à la paroisse orthodoxe russe Saint-Nicolas et l’abbé Rongvaux curé de la paroisse catholique de Sainte-Croix. Les deux hommes s’apprécient mutuellement mais sans nier leurs différences. Ainsi le père Model est marié et père de deux enfants. Et il était déjà dans les liens du mariage lorsqu’il a été ordonné prêtre voici cinq ans. Car au sein de l’Église orthodoxe, c’est l’ordination qui fixe l’état : en d’autres termes celui qui est célibataire au moment de son ordination restera célibataire tandis que des hommes mariés peuvent être ordonnés, “comme ce fut le cas en Occident aux premiers temps de l’Église chrétienne” , rappelle le père Model.
Dans le monde ou hors du monde ?
Car les orthodoxes sont très attachés aux pratiques qui ne touchent pas aux principes de la tradition. Voilà qui explique leur refus de suivre les protestants qui ordonnent des femmes pasteures : “Nous mesurons toute chose à l’aune de la tradition : ce qui n’a pas existé ne peut être introduit” , dit le père Model. Et il le reconnaît volontiers : le dialogue avec les protestants n’est pas facile, notamment sur le plan éthique : “Les protestants se sécularisent trop, ils sont trop dans le monde alors que le Christ a dit que son Royaume n’était pas de ce monde.”
Entre orthodoxes russes et catholiques, par contre, le courant passe plutôt bien en ce moment. Et si les relations entre Rome et Moscou se sont nettement améliorées ces derniers temps, on le doit, note le père Model, à la personnalité des deux chefs spirituels : le pape Benoît XVI est plus traditionnel que Jean-Paul II tandis que le patriarche Kyrill de Smolensk se montre plus moderne que son prédécesseur Alexis II.
Une politique de petits pas
De telles relations bilatérales privilégiées mettent-elles en péril l’oecuménisme “tous azimuts“, c’est-à-dire la recherche de la “pleine communion“ entre les quatre confessions chrétiennes ? L’abbé Rongvaux ne le croit pas, même s’il reconnaît que l’oecuménisme est aujourd’hui plus difficile qu’il y a quarante ans : “Nous devons travailler avec tous quand c’est possible et chercher ensemble la vérité mais sans renoncer à dialoguer de manière bilatérale quand il y a une convergence de vues entre deux confessions.”
Secrétaire de la commission catholique diocésaine pour l’oecuménisme de Malines-Bruxelles, Michel Rongvaux pratique lui-même une politique des “petits pas” , de contacts dans lesquels se forgent des liens d’amitié. Chaque fois que c’est possible, il invite dans son unité pastorale de la Sainte-Croix ses frères des autres confessions. Et il plaide pour une visibilité de l’oecuménisme dans les lieux de culte. C’est ainsi qu’il a installé voici deux ans dans son église une icône de la sainte Croix, ménageant de la sorte un espace de prière oecuménique. Cette icône avait été bénite l’année précédente à la cathédrale orthodoxe russe Saint-Nicolas. Et c’est bien sûr à son ami Serge Model que le curé avait demandé ce “service “…
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Mercredi 13 Janvier 2010 - 19:27
Hubert WATTIER
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