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Samedi 4 Septembre 2010
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Diminuer la taille du texte Les pionniers de l’Europe- Portraits croisés de Jean MONNET et Robert SCHUMANFiche Europe n° 13: rédigée par Geneviève Bertrand, Conseillère de PARIS, Maire-adjointe du 6 ième arrondissement
Sans Jean MONNET et sans Robert SCHUMAN, sans la rencontre entre un visionnaire d’expérience et un décideur politique chevronné, jamais la Communauté européenne telle que nous la connaissons n’aurait vu le jour.
Quelque chose d’autre, peut-être, aurait surgi, tant était pressante la nécessité d’enrayer les craintes permanentes de la France face à une Allemagne, humiliée au sortir de la deuxième guerre mondiale, mais prête à resurgir menaçante, une fois son potentiel économique restauré. Quel homme politique aurait eu le courage, pris le temps, eu le discernement de s’arrêter à la énième proposition, qui allait enfin rendre impossibles les guerres à répétition entre des belligérants qui en moins de 70 ans s’étaient combattus à trois reprises ? Bien des idées avaient été lancées : Victor HUGO, Aristide BRIAND, le Congrès de la Haye en 1947. Jusqu’à un président du Conseil, un certain Georges BIDAULT, qui n’allait pas comprendre l’opportunité historique, qui ne s’attarda pas au texte proposé et qui le regrettera fort par la suite. Car l’Histoire allait consacrer MONNET l’inspirateur et SCHUMAN l’homme politique, deux personnalités différentes, mais complémentaires, qui ne recherchaient ni l’un ni l’autre la notoriété en tant que telle, seulement soucieux de l’intérêt général et de l’efficacité. Or, Jean MONNET avait de l’efficacité une conception qu’il définissait ainsi : « avoir une idée d’abord, chercher ensuite l’homme qui aura le pouvoir de l’appliquer ». L’Histoire allait fournir cette rencontre de deux hommes armés de deux qualités rares : la ténacité et l’écoute. La ténacité du pragmatique Jean MONNET qui avait déjà accompli tant de réalisations utiles pour le pays, ni tout à fait haut fonctionnaire, ni tout à fait personnalité politique. Quant à l’écoute, ce serait celle du ministre des affaires étrangères qu’était alors Robert SCHUMAN secondé par son directeur de cabinet Bernard CLAPPIER, tous deux à la recherche d’une idée forte à proposer le 10 mai 1950 à Londres aux partenaires américains et britanniques en vue de contenir la puissance allemande. Dans ses Mémoires (éditées chez Fayard en 1976), Jean MONNET raconte le temps et l’espace qui décidèrent de son idée. Le projet tenait en une page : foin de ces rapports volumineux que personne ne lit et qui ne reçoivent aucune suite. Un feuillet historique qui deviendra la Déclaration SCHUMAN du 9 mai 1950.Ce texte sobre, concis, efficace, allait « ouvrir dans les remparts des souverainetés nationales une brèche suffisamment limitée pour rallier les consentements, suffisamment profonde pour entraîner les Etats vers l’unité nécessaire à la paix ». Modeste, trop modeste apparence du texte. Le fringant Georges BIDAULT ne s’y arrêtera pas. Mais le même jour, le patient lorrain Robert SCHUMAN prendra le temps de lire ce papier, de l’emporter à Scy-Chazelles, de le méditer et à son retour d’organiser, en concertation avec Jean MONNET et Bernard CLAPPIER, la mise en scène de son annonce. Le Chancelier allemand Konrad ADENAUER prévenu, ainsi que le Président du Conseil et le Président de la République française, l’affaire sera nouée dans une conférence de presse historique, tenue dans le salon de l’Horloge du quai d’Orsay. Et la presse relaya. L’effet fut formidable. Les politiques et les experts se mirent au travail. Et la CECA naquit. Les Six se fédéraient. D’une manière touchante, Jean MONNET dresse un portrait lumineux de Robert SCHUMAN. « SCHUMAN était bien d’accord avec moi et nous nous comprenions sans difficulté. J’aimais sa simplicité et son bon sens et je respectais sa vertu d’honnêteté et la force d’âme qui transparaissait dans toute sa personne. A l’évidence, les Français y étaient sensibles et lui faisaient confiance. Il était important qu’il le sût et qu’il surmontât sa modestie pour s’affirmer dans l’opinion publique comme il savait s’imposer dans les conseils, avec douceur et fermeté. Je voyais peu à peu s’établir en cet homme secret et profondément croyant la conviction qu’il était le mieux placé pour réussir là où tant d’autres avaient échoué. » Tandis qu’ADENAUER n’hésitait pas sur la voie à suivre en disant « un Chancelier fédéral doit être à la fois un bon Allemand et un bon Européen » SCHUMAN déclarait à l’Assemblée nationale en décembre 1949 : « si je me trouve à cette place, ce n’est pas que je l’aie cherché, mais c’est sans doute parce qu’il à fallu quelqu’un de cette frontière de l’Est, pour tenter de faire coexister en paix deux pays qui se sont souvent déchirés » Quelle leçon de pragmatisme et d’intelligence politique. Les voilà les « grands », les « modèles » que devraient prendre les gestionnaires et les politiques contemporains. Quelle vision, quel à propos, quel sens de la décision ! Des centaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants pourraient, sans crainte, changer les épées en socs de charrues (Isaïe). Oui, les politiques peuvent être des fabricants de paix et des facilitateurs de prospérité, à deux conditions : - qu’ils prennent en considération les talents qui s’expriment autour d’eux, les écoutent, leur fassent confiance et coopèrent efficacement. - qu’ils cessent de se préoccuper prioritairement de leurs privilèges et se consacrent à faire advenir l’intérêt général Inaltérable leçon pour ceux qui, par le truchement de la politique et de la gestion publique, veulent faire advenir, pas à pas, des réalisations de prospérité partagée et de paix durable. Biographie condensée de deux hommes fortement ancrés dans leurs provinces
Geneviève BERTRAND
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