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Les éditos de Dimanche Express

Les pauvres nous dérangent, et c’est tant mieux !



Contrairement à ce qu’elle avait annoncé dans un premier temps, la STIB ne demandera pas aux mendiants qui fréquentent ses installations de quitter les lieux. Et l’on s’en réjouit. Les stations de métro sont souvent leur dernier refuge en hiver et il aurait été vraiment criminel de les en exclure, sous prétexte que mendier serait une incivilité punissable par la loi. Il faudra toutefois demeurer vigilant, car ce genre d’attitude tend à se généraliser dans notre société. Reconnaissons-le, en effet : la présence des mendiants dans les transports en commun nous indispose. Face à leur main tendue, nous ne savons quelle attitude adopter. Mais est-ce en les repoussant hors de notre champ de vision, comme le souhaitent certains, que nous viendrons à bout de la mendicité ? N’est-il pas grand temps, au contraire, de regarder ce problème en face et de s’attaquer aux racines de la pauvreté, en investissant par exemple dans des politiques efficaces et à long terme ?
Ce qui vaut pour les mendiants vaut malheureusement aussi pour bien d’autres catégories de personnes. Il y a tout d’abord ces immigrés clandestins que les États-membres de l’Union européenne ont décidé, il y a peu, de ramener dans leur pays d’origine par charters plutôt que par vols réguliers, comme cela se faisait auparavant. Leur expulsion pourra ainsi se faire dans la plus grande discrétion, loin de nos regards et des caméras. Et puis, il y a aussi ces hommes et ces femmes que l’on continue d’entasser dans nos prisons, sans aucun respect pour leurs droits les plus élémentaires. Il est tellement plus facile de les soustraire à notre vue que de réfléchir à un autre type de peine ou d’investir dans leur réinsertion sociale. C’est pourtant notre sécurité qui est en jeu.
Oui, les pauvres nous dérangent, et c’est tant mieux, car ils nous obligent à sortir de notre torpeur et à regarder le monde tel qu’il est, avec ses inégalités, ses injustices et ses exclusions. Tant qu’ils demeurent une abstraction et se réduisent à des statistiques ou des images sur nos petits écrans, nous tolérons sans trop de difficultés leur existence. Mais une fois qu’ils sont là, devant nous, bien réels, transpirant la misère par tous les pores, plus moyen de faire semblant que tout va bien, que nous vivons dans le meilleur des mondes. Un travail de remise en question peut alors commencer, mais combien d’entre nous franchissent ce pas ?

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Pascal ANDRÉ


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