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Samedi 4 Septembre 2010
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Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte Le temps est-il venu de faire ce qui est juste ? Le Conflit israélo-palestinienHarry Hagopian, négociateur sur jérusalmen los des accords d'Oslo
S’agissant du conflit israélo-palestinien, il s’est produit tant de choses ces derniers jours qui sont à la fois critiques et lourdes de conséquences. Au cours du seul week-end dernier, le président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, a lancé un pari politique sujet à controverse : il a donné 10 jours au Hamas pour décider s’il acceptait la création d’un état palestinien sur la rive occidentale de la Bande de Gaza et dont la capitale se situerait à Jérusalem Est. Et le président d’ajouter que, faute de réponse, il organiserait un référendum sur ce dossier.
Entreprise par un président que certains observateurs qualifient d’un peu trop pro-américain, passif voire terne, cette démarche politique repose également sur le fait – et c’est là toute l’astuce - qu’elle tire sa légitimité d’un document établi par Marwan Barghouti, le charismatique leader du Fatah, qui languit actuellement dans une prison israélienne. Parmi les signataires de ce document, il faut compter, en outre, un certain nombre de prisonniers parmi les plus importants du Hamas, ce qui lui confère une autorité morale supplémentaire, et à plus forte raison un poids politique. Ce défi lancé au Hamas par Abu Mazen s’apparente également à un défi lancé à Israël, aux Etats-Unis, au Quartet et au final à la communauté internationale. Comme je le mentionnais déjà dans « Mais où donc allons-nous maintenant » (paru dans Epektasis le 28 avril 2006), Israël persiste dans l’erreur de construire un mur de séparation qui isole Jérusalem – et la vallée jordanienne – des autres territoires palestiniens, englobant ainsi les plus grands sites d’implantation israéliens qui se trouvent sur la rive occidentale. Le résultat en est l’expropriation accrue de terrains palestiniens et une division de la zone qui se fait en dépit du bon sens (parcelles non contiguës). Et pour couronner le tout, le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a récemment obtenu le soutien du président des Etats-Unis, Georges Bush, consistant à mettre en place une stratégie unilatéraliste visant à permettre à Israël de délimiter ses futures frontières avec le peuple palestinien. Si cela se produisait, et si l’on y ajoute une politique d’annexations insidieuse, il est alors évident que les Palestiniens perdraient encore 22% des terres sur la part qu’ils avaient déjà quasiment acceptée comme étant le minimum pour établir leur futur état « souverain ». J’ai rencontré M. Olmert alors qu’il était maire : même si le Hamas devait accepter l’ultimatum d’Abbas, ou si un référendum devait être organisé – et qui selon toute probabilité serait soutenu par une majorité de palestiniens pour la paix – Israël, dirigé par Olmert, pourrait bien continuer à tergiverser et réorganiser la feuille de route en exigeant des Palestiniens qu’ils remplissent leur obligations avant toute négociation. Mais nous avons déjà vécu tout cela, à de nombreuses reprises, et nous savons également qu’Israël hésitera, une fois de plus, à l’idée d’un droit au retour pour les réfugiés palestiniens. Cependant, et comme l’éditorial du Financial Times se plaisait à le rappeler à ses lecteurs la semaine dernière, le plan de paix arabe établi en 2002 appelle à une « solution juste » au problème des réfugiés ; et même les pourparlers de paix qui se sont déroulés en l’an 2000 traitaient davantage de compensation que du retour sans conditions de 4 millions de Palestiniens. Se pourrait-il que la balle soit dans le camp des Israéliens et que Mahmoud Abbas ait véritablement surpris un état d’Israël intransigeant qui a mis un terme au processus de paix en proclamant qu’il n’y avait aucun négociateur du côté palestinien ? Le quartet passif, si enclin à défaire les résultats des dernières élections, devrait retrouver suffisamment de chutzpah politique pour relancer le processus de paix entre les deux parties en présence. L’enjeu est énorme et il est indispensable de réaliser des avancées courageuses et non médiocres. Une telle attitude n’est pas attendue uniquement des hommes politiques. Au Moyen-Orient, la société civile et la religion ont également leur mot à dire dans la quête d’une paix juste et durable. Pas plus loin que la semaine dernière, j’étais invité par l’Alliance avec les Chrétiens en Politique (ACEP), une association en pleine expansion, à donner une conférence sur le rôle politique des églises et organisations similaires dans le conflit du Moyen-Orient. Je suis intimement convaincu, après tout, que notre foi devrait nous engager davantage d’une manière plus éthique et dynamique dans le domaine politique, qu’il s’agisse de convaincre, d’établir des stratégies, de négociation ou de réconciliation. C’est pourquoi je vous livre ci-après les recommandations tirées d’une déclaration faite à Genève par le comité exécutif du Conseil Oecuménique des Eglises (COE), lors des réunions organisées du 16 au 19 mai 2006, et intitulée « Le temps est-il venu de faire ce qui est juste ? ». Cette déclaration bien construite conclut sobrement le texte de la WCC : « La paix doit être rétablie bientôt sinon, il est probable qu’aucun camp ne la connaisse avant longtemps ». Dans cette déclaration, le Conseil oecuménique des Eglises : - Presse la communauté internationale d’établir des liens et d’entamer des discussions auprès de l’ensemble des leaders palestiniens légitimement élus afin d’aplanir les différences et non pas de les isoler et de causer davantage de souffrance pour leur peuple ; - Soutient totalement, et demande à la communauté internationale de soutenir, la mise en œuvre de négociations bilatérales et équitables en vue d’aboutir à une reconnaissance mutuelle entre la Palestine et Israël et à résoudre les autres obstacles importants qui empêchent le rétablissement de la paix, comme le mentionnent les résolutions successives du Conseil de Sécurité et de l’Assemblée générale des Nations Unies ; - Recommande que, dans un souci de traitement équitable et pour donner une nouvelle base à la paix, les deux parties soient tenues à une seule et même norme visant à mettre un terme à la violence, à respecter les accords existants et à reconnaître chacun l’existence de l’autre, y compris des frontières de 1967 ; - Insiste sur le fait que toutes les Parties signataires de la Quatrième Convention de Genève (y compris Israël, les Etats-Unis, l’Union européenne, la Russie ainsi que l’état dépositaire, la Suisse) garantissent le bien-être des populations occupées. Parmi les actions urgentes à mettre en place : mettre un terme aux mesures punitives prises à l’encontre des palestiniens en violation de la Quatrième convention de Genève, interdire les punitions collectives – incluant les restrictions d’impôt, d’aide et de voyage imposées après les récentes élections démocratiques ; exiger des pouvoirs en place le respect de leurs engagements afin d’assurer le bien-être du peuple dans toutes les zones placées sous leur responsabilité, y compris dans la Bande de Gaza ; - Rappelle aux Nations Unies et aux états-membres la responsabilité qui leur incombe de faire de Jérusalem une ville ouverte accueillant ces deux peuples qui pratiquent trois religions, une ville partagée en termes de souveraineté et de citoyenneté ; - Encourage le gouvernement d’Israël de baser sa sécurité sur la paix avec les pays voisins, y compris la négociation équitable sur les frontières finales avec ces mêmes voisins et excluant toute imposition unilatérale de ces frontières ; - Encourage l’Autorité Palestinienne à inviter les partis de toutes tendances politiques à participer aux processus démocratique et de résolution non-violente des conflits, à protéger les droits démocratiques de son peuple – qui sont légitimes en droit international - des pressions extérieures, à maintenir le cessez-le-feu actuel envers Israël et à l’étendre à tous les autres partis, et à démontrer que toute forme de violence ou d’attaque exercée le long des frontières de 1967 entre Israël et les Territoires Occupés contre des civils innocents doit cesser. En sa qualité de témoin pour la paix, le Conseil oecuménique des Eglises appelle les églises membres à être solidaires avec les peuples des deux camps ; il s’agit alors de : * Prôner les mesures citées plus haut et qui reflètent l’inquiétude de l’église mondiale quant au conflit israélo-palestinien et à ses conséquences dans les différentes régions ; souligner le besoin de plus en plus pressant pour la mise en œuvre de mesures de redressement par les autorités compétentes ; recourir aux moyens de pression légaux afin de promouvoir une paix juste et de mettre un terme aux activités illégales des Israéliens ou des Palestiniens ; * Trouver des solutions constructives visant à faire cesser les menaces que subissent de nombreux juifs, y compris la nature, la prévalence et l’impact du racisme aux niveaux local, national et international ; * Tenir compte des appels à l’aide formulés par les églises de Jérusalem en cette période troublée, les assister dans leur rôle auprès de la société et soutenir l’aide de l’église au bénéfice des personnes dans le besoin ; rechercher l’aide des églises du Moyen-Orient afin de fournir des éléments d’information aux autres église du monde entier sur le conflit, la région, et le chemin vers la paix ; prier pou la paix ; * Envoyer des églises membres en Israël et en Palestine dans le cadre du « Programme d’accompagnement œcuménique en Palestine et Israël » et ce jusqu’à la fin de l’occupation ; * Engager le dialogue avec ces églises qui lient les évènements qui se produisent actuellement au Moyen-Orient avec certaines prophéties bibliques. Un tel dialogue proposerait des perspectives politiques légitimes sur la justice, l’impact de tels liens sur la présence et le témoignage des églises chrétiennes de la région ainsi que des discussions sur la nature du témoignage chrétien pour la paix au Moyen-Orient ; * S’efforcer d’améliorer la sécurité de tous les peuples de la région, conformément au compte-rendu de la Neuvième Assemblée du COE, en appelant les gouvernements concernés à soutenir la création, au Moyen-Orient, d’une zone de non-prolifération d’armes nucléaires incluant Israël et l’Iran ; * Demander à la commission des Eglises pour les Affaires internationales du COE – et aux organisations similaires – d’utiliser tous les moyens dont ils disposent afin de mettre en œuvre les recommandations ci-exprimées. Le 16 avril 1963, dans sa Lettre de la Prison de Birmingham adressée à des hommes d’église américains, le Docteur Martin Luther King écrivait: « Au cours de cette génération, nous devrons nous repentir non seulement pour les paroles et actions remplies de haine des méchants mais également pour le silence révoltant des bons …. Nous devons être créatifs et utiliser le temps à bon escient sachant qu’il est toujours temps de faire le bien ». Et c’est ainsi que, pas plus loin que la semaine dernière, les participants au colloque organisé par l’ACEP, m’ont demandé quel serait le meilleur moyen, pour eux, de contribuer à la résolution, difficile, du conflit israélo-palestinien. Je reconnais que le document établi par le Conseil oecuménique des Eglises n’est pas la panacée pour les nombreux problèmes qui se posent. Cependant, dans la mesure où il donne une nouvelle lecture – sobre et intègre - du conflit qui, depuis trois ans maintenant, reste opportunément en suspens, il constitue une base tout à fait acceptable pour une relance des négociations. Si ce conflit ne réussit pas à être maîtrisé, cela implique que toute la région pourrait se positionner davantage contre ce qui est perçu comme un parti pris israélo- américano- européen. De ce fait, toute tentative visant à modifier sa dynamique par le biais de la démocratie serait alors perçue comme une nouvelle forme de colonialisme. Aujourd’hui, c’est le bon moment de faire ce qui est juste et nous devrions cesser d’imaginer des intrigues subtiles et des tactiques savantes destinées à nous détourner de ce défi que nous avons à relever et à nous détourner, une fois encore, de nos responsabilités. Harry Hagopian
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