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Les éditos de Dimanche Express

Le retour de la croissance : miroir aux alouettes



Le retour de la croissance : miroir aux alouettes
Après la crise financière que nous avons connue ces derniers mois et dont les spécialistes n’avaient pas anticipé l’ampleur, voilà qu’on nous annonce une reprise économique. En soi, cela devrait nous réjouir et nous rassurer, mais s’agit-il vraiment d’une bonne nouvelle ? N’est-on pas en train d’essayer de nous faire oublier l’emballement du secteur bancaire, qui a sapé les bases de l’ensemble de l’économie mondiale à force de se focaliser sur des rendements à court terme ? Nous avons plusieurs raisons de le penser.

Tout d’abord, qu’est-ce qu’une reprise économique, si elle ne permet pas de réduire le chômage ? Il semble, en effet, que la plupart des entreprises soient loin d’être prêtes à investir et à créer de nouveaux emplois. D’après les spécialistes, les patrons de PME ne voient pas de sortie à la crise avant 2011-2012, et n’embaucheront pas avant de percevoir la reprise. Quant aux groupes de taille internationale, même s’ils affichent des résultats meilleurs que prévu, c’est en général ailleurs que chez nous qu’ils ont pris l’habitude de créer des emplois. L’embellie n’est donc pas pour demain.
Ensuite, il ne faut pas oublier que pour aider le secteur financier à amorcer son redressement, les États ont massivement renfloué les banques. Certes, ces transfusions se sont révélées salvatrices, mais elles laissent les finances publiques dans un état déplorable. Les solutions préconisées pour alléger le poids de la dette font d’ailleurs craindre des lendemains qui pleurent : retour de l’inflation, hausse des impôts, coupes claires dans les dépenses publiques, etc. Des mesures d’autant plus difficiles à accepter que le secteur financier a très vite renoué avec son arrogance habituelle, oubliant que ce sont les travailleurs et les familles qui paient aujourd’hui les conséquences de leurs pratiques irresponsables. Ainsi, moins d’un an après le début de la crise financière, de grandes banques américaines ont-elles recommencé à verser de copieuses primes à leurs dirigeants.

Et que dire de nos responsables politiques, qui, il y a six mois à peine, étaient bien décidés à fonder un nouvel ordre financier mondial ? Il semble aujourd’hui qu’il ne reste pas grand-chose de cette belle détermination. Aucune leçon n’a été tirée de cette crise jusqu’à présent et il est fort probable qu’il faudra une nouvelle secousse – plus violente encore que la précédente – pour que nous réformions enfin en profondeur notre système économique.

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Pascal ANDRÉ


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