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Samedi 4 Septembre 2010
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Diminuer la taille du texte Le Liban, première victime expiatoire sur l’autel de la paix ?
Cela fait des mois que le Liban cherche à se doter d’un gouvernement sans résultat. Tout a été utilisé et, toujours, des problèmes apparaissaient et des nations étrangères ou régionales étaient accusées d’empêcher ce gouvernement d’être formé. Un jour, c’était la Syrie ou l’Iran, un autre c’étaient les gouvernements arabes « modérés », alliés des Etats-Unis, surtout l’Arabie saoudite et l’Egypte, et soupçonnés de se rapprocher à grands pas d’Israël, en vue de se protéger de l’ogre iranien. Mais, c’étaient surtout les Etats-Unis qui ne voulaient pas d’un gouvernement d’Union nationale, pour empêcher le Hezbollah d’y participer.
On disait alors, que la seule chance qui pourrait permettre la formation d’un gouvernement libanais, était un rapprochement syro saoudien, que nos « grands hommes d’état » appelaient « la formule S-S ». Enfin, ce rapprochement se fit par une visite du Président Assad en Arabie saoudite, suivie surtout par la visite du roi Abdallah à Damas. Les Libanais devenaient très optimistes et chaque jour on nous promettait la formation du gouvernement « d’ici quelques semaines ». Il y a deux jours, quelques jours après la fin de la visite du roi Abdallah en Syrie, la revue saoudienne Al Riyad titrait : « pourquoi le Liban ne reviendrait-il pas de nouveau à la Syrie ? » Et d’expliquer que ces fichus libanais, étant incapables de se gouverner tous seuls, il valait mieux qu’ils soient gouvernés à partir de Damas, comme cela se faisait durant l’empire ottoman. Etonnante affirmation de la part de l’Arabie saoudite (car ses journaux sont les porte-voix de la famille royale), grande rivale de la Syrie, quand il s’agit de gouverner ce petit pays. N’oublions pas que le nouveau « contrat constitutionnel » libanais a été concocté à Taëf, en Arabie saoudite, pour donner tout pouvoir, au Liban, au Président du Conseil sunnite, qui devait être un sujet saoudien ou un de ses hommes de main, pouvoir qui a été utilisé pour endetter l’état libanais de plus de 52 milliards de dollars, surtout aux banques dont les principaux actionnaires dépendent de l’Arabie saoudite. Les raisons possibles. Une première raison de ce comportement serait peut-être le fait que l’opposition est devenue si politiquement forte, qu’elle peut exiger une participation active au gouvernement, participation qui lui permettrait de demander des comptes sur la gestion des cabinets précédents, non exempts de corruption, pour ne pas dire complètement et ouvertement corrompus. L’Arabie saoudite, risquant de perdre sa nouvelle colonie, menacerait les Libanais d’un retour des Syriens pour les forcer à obéir de nouveau à ses proconsuls. La seconde raison serait beaucoup plus dangereuse et rappelle une ancienne proposition américano-israélienne de paix à la Syrie, durant les années 90. Taëf et les propositions de paix israéliennes à la Syrie. En 1990, les députés libanais ont été mandés à Taëf pour changer la constitution libanaise et délester le Président de la République de ses pouvoirs, juste après la première guerre du Golfe et la libération du Koweït à laquelle la Syrie a participé aux côtés des forces américaines. Ces pouvoirs devaient passer des mains du Président de la République, supposé indépendantiste parce que maronite, à celles du Président du conseil supposé favorable à l’union avec la Syrie, parce que sunnite. Ce Président du Conseil devait être en plus monsieur Rafik Hariri, né Libanais, mais devenu sujet saoudien à cause de ses affaires et des faveurs du roi. Comme l’Arabie saoudite ne permet pas la double nationalité, M. Hariri a certainement renoncé à sa nationalité libanaise. C’est dire combien un Président du Conseil, qui a renoncé à sa nationalité libanaise pour devenir sujet du roi Saoud, peut agir indépendamment de ce roi ! Son fils Saad, lui, est né Saoudien et est devenu Libanais pour pouvoir gouverner le Liban. Quant à l’actuel Président du Conseil, monsieur Siniora, il a été l’employé des Hariri depuis tant et tant d’années. Le Liban devait donc être gouverné par l’Arabie saoudite et il le fut. Mais cela ne s’arrêta pas là. La Syrie fut chargée de la sécurité du pays et les gouvernements libanais successifs obéissaient ainsi à un co-protectorat syro saoudien, tandis que le territoire libanais était divisé en zones d’occupation syrienne et israélienne. En 1996, les résistants libanais du Hezbollah forcèrent Israël à un premier accord qui consacra une reconnaissance de fait du parti de Dieu, au moment où les pourparlers de paix (Madrid) échouaient sous la pression d’un gouvernement israélien de « faucons ». Ce fut alors que Monsieur Uri Saghi[1], ancien directeur des services de renseignements militaires israéliens, écrivit en 1997, pour un think tank stratégique américain qu’Israël avait intérêt à la paix avec ses voisins à deux conditions : 1 – L’entrée de la Syrie dans le processus de paix. 2 – Sécuriser cet « endroit appelé Liban », qui est incapable de se gouverner et risque toujours de faire exploser le Moyen-Orient. Pour y arriver Monsieur Saghi avait proposé de « donner » le Liban à la Syrie[2] ; Dans ce cas, écrit-il, « nous atteindrions les deux buts en « encourageant la Syrie à se joindre au processus de paix et en asséchant les marécages libanais ». Conclusion. Que pouvons-nous conclure de la similitude des deux propositions saoudienne et israélienne à 12 ans de différence ? D’abord elles arrivent dans des situations aussi similaires : gouvernement israélien de droite extrême, pourparlers de paix inexistants et même impossibles, tandis que la résistance au Liban devient de plus en plus puissante et ne peut être matée qu’avec l’aide des Syriens qui détiennent la clef de ses approvisionnements. De plus, les Israéliens pensent que la Syrie a intérêt à acquérir le Liban en échange du Golan. Ils pourraient avoir convaincu leurs protecteurs américains, lesquels auraient demandé aux Saoudiens de lancer ce ballon. Quant aux Saoudiens, ils seraient, d’après les Américains et les Israéliens, bien heureux de partager la propriété du Liban avec la Syrie, comme en 1990, pourvu qu’on les débarrasse du Hezbollah et du danger iranien. Ici, je me souviens de la phrase de Monsieur Richard Millet que toute paix au Moyen-Orient doit comporter une « victime émissaire… sacrifiée sur l’autel de la paix… »[3] Seulement, dans tout cela, il y a un hic. La Syrie acceptera-t-elle ce marché, un marché qui consisterait pour elle à renoncer au Golan et à tous ses alliés qu’ils soient le Hezbollah, l’Iran ou même la Turquie avec laquelle elle jouit d’une lune de miel qu’on qualifierait « d’anti-israélienne », d’après les Israéliens eux-mêmes (à cause de la guerre de Gaza que les Turcs n’ont pas digérée) ? De plus, ce serait, pour la Syrie, « renoncer à la proie pour l’ombre », car les Libanais sont pire que les Afghans. Ils ont en plus de leur combativité renommée, une intelligence et un appétit de liberté historiques qui les rendent impossibles à dominer. De là, j’ai tendance à croire Monsieur Mitchell, envoyé du Président Obama, qui aurait affirmé au Président de la République libanaise que la paix ne se ferait pas aux dépens du Liban (si jamais elle se faisait). Je pense que l’Arabie saoudite a lancé ce ballon pour forcer l’opposition à accepter les conditions de son sujet obéissant, cheikh Saadeddine Hariri. Je pense enfin qu’il est grand temps pour l’Amérique d'utiliser ses moyens de pression pour forcer une paix juste, basée sur la vérité, une vérité qui commence par ne pas essayer de cacher le rapport du juge Richard Goldstone, sur les comportements israéliens à Gaza[4], mais au contraire à le présenter et à en discuter le contenu. Roger AKL
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