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Les éditos de Dimanche Express

La tolérance zéro n’est pas une solution



À entendre nos voisins du nord, Bruxelles serait au bord de l’émeute, livrée à des bandes de jeunes armés et dangereux. Sur place, pourtant, la réalité est bien plus nuancée. Certes, des événements extrêmement graves s’y sont produits ces dernières semaines et l’on comprend que la police demandent davantage de moyens et d’effectifs pour réaliser son travail. Il est également anormal qu’une école soit contrainte de quitter le quartier d’Anderlecht pour protéger ses étudiants régulièrement rackettés par des jeunes du coin. Il faut toutefois raison garder et ne pas agir dans la précipitation. La peur, on le sait, est mauvaise conseillère.
Ainsi, sommes-nous inquiets de voir revenir à la charge les partisans de la tolérance zéro et de la justice accélérée, qui ont pourtant déjà montré leurs limites par le passé. Tout d’abord, on sait que la tolérance zéro est impossible à mettre en pratique. En trois semaines, le parquet et les tribunaux seront débordés et il n’y aura pas suffisamment de places en prison ou en IPPJ pour y mettre les jeunes délinquants ou criminels. Alors, on sera obligé de les relâcher et ce sera pire. Et puis, c’est un leurre que de penser qu’il n’y a que la répression qui puisse dissuader les gens. Le problème de la violence urbaine est bien plus vaste et complexe que cela. Et il serait urgent que les instances du pays se penchent sérieusement sur ce point, avec tous les acteurs de terrain et pas uniquement les forces de l’ordre.
Les délinquants et les criminels doivent être punis, c’est un fait. Il n’y a rien de pire pour un jeune que de grandir sans jamais devoir payer pour ses erreurs. Ne pas être sanctionné, c’est avoir le sentiment d’être au-dessus des lois, d’être intouchable, mais surtout de n’avoir rien à se reprocher. Difficile, dans ce cas, de ne ne pas essayer au coup suivant de repousser encore un peu plus loin les limites. Mais si la sanction est indispensable, elle n’est vraiment utile que proportionnée aux méfaits, adaptée à la situation, réparatrice et éducatrice. Enfermer un jeune en prison sans l’accompagner dans son processus de resocialisation et de réintégration n’a aucun sens. Tout comme il est inutile de recourir à la répression si l’on ne fait rien sur le plan préventif. Encourager la mixité sociale dans les quartiers difficiles, écouter les jeunes, les rendre responsables, leur donner du travail, embellir les rues et les places, lutter contre les discriminations… Voici quelques pistes qui, à notre avis, mériteraient d’être davantage explorées.

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Pascal ANDRÉ


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