La source à laquelle nous puisons
Une méditation pour la semaine
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La Sainte Ignorance - Culture et foi découplées
Il ne faut pas attendre de solution de la part d’Olivier Roy, politologue français, mais une fine analyse de la situation des religions aujourd’hui. À chacun de se positionner ensuite. Rencontre avec l’auteur de “La sainte ignorance. Le temps de la religion sans culture ” (Seuil, 2008). Nouvelle approche.
La religion est-elle une bonne ou une mauvaise chose ? “C’est un fait”, répond Olivier Roy. Lui-même, éduqué dans le protestantisme de La Rochelle, ne se dit plus croyant, mais “protestant intellectuel”. Son grand-père était pasteur et la moitié de sa famille est encore protestante engagée. Jeune, il a assisté à l’arrivée des évangéliques, ces protestants “nouvelle vague” qui se disent “born again”, re-nés. “Je me vante d’avoir fait partie, à 15 ans, de la résistance d’une culture protestante traditionnelle à l’offensive évangélique.”
Son protestantisme était celui, libéral et intellectuel, des années 60,marqué par la philosophie existentialiste et la théologie de la libération. Un jour, le pasteur de sa paroisse, touché par la foi des nouveaux croyants, interpelle ses fidèles. Prise de conscience. “À partir du moment où je crois, tout doit découler de ma croyance”, explique Olivier Roy. Or ce n’était pas son cas. Il ne s’estimait pas croyant. Il n’avait de protestant que la culture. Il s’est donc levé et est sorti.
Le temps des conversions
Plus tard, Olivier Roy a beaucoup voyagé, découvrant ainsi l’islam. Il a fait ensuite des études de persan, d’arabe, de turc, d’islamologie. À partir des années 90, en Asie centrale, il a rencontré des musulmans qui se convertissent au christianisme évangélique. Il a alors étudié ce phénomène des convertis, de ceux qui soit changent de religion, soit renaissent à l’intérieur de la leur.Dans les deux cas, observe-t-il, on assiste à une disjonction entre la foi et la culture. Jadis, on pouvait se dire chrétien sans être pratiquant, ni même croyant.
La culture de la société était chrétienne. La sécularisation a entraîné la disparition de ce religieux profane, de cette culture commune entre les croyants et les incroyants. La mondialisation a fait de la religion un “produit standard” déconnecté du terroir et qui peut se déplacer. On trouve des chrétiens en Inde et des bouddhistes en Occident. Les croyants sont désormais souvent isolés de leur environnement social et culturel, et même du langage de leur propre tradition. La modernité est devenue la culture commune et elle est découplée de la religion qui se retrouve “déculturée”. C’est la fin du “christianisme sociologique”.
La sécularisation n’élimine donc pas la religion, mais elle l’oblige à se reformuler comme une “pure religion”, découplée de la culture, détachée du terroir. Les croyants deviennent minoritaires. Ce n’est pas nécessairement une question statistique. Ainsi, aux USA, les croyants sont numériquement plus nombreux, mais ils se perçoivent comme minoritaires à l’intérieur même de la culture américaine. La société est désormais vue comme hostile et étrange. Jadis, on vivait dans une société religieuse, aujourd’hui, on choisit de manière personnelle et individuelle d’appartenir à une “communauté de foi” à l’intérieur d’une société pour qui l’évidence religieuse a disparu. Les religions deviennent des sous-cultures, tout comme la culture ouvrière, gay, féministe, noire…
L’ère du vide
La religion ne peut cependant pas faire l’économie de la culture, estime Olivier Roy. On ne peut pas demeurer dans la pure croyance. Soit on demande la reconnaissance comme minorité protégée, soit on veut voir reconnaître un minimum de normes (le refus de l’avortement, par exemple) par la société. L’identité se fait plus radicale et on se raidit. C’est l’heure des fondamentalistes. On part en croisade, ce qui fait apparaître la religion comme bizarre et fanatique. Ceci explique le retour des signes religieux. “Je veux être vu comme croyant.” On assiste maintenant aussi à des Christian Pride.
Le politique, qui s’était substitué au religieux, est en crise. Le fondamentalisme est en panne, et la version libérale des religions ne colle pas. C’est le vide. “Il faudrait reformuler ce qu’est être religieux, mais je n’ai pas la réponse. Je ne crois pas pour autant que le religieux disparaîtra… Je suis devenu prudent dans mes prédictions. Mais il est certain qu’il y a aujourd’hui un besoin et une demande d’humanisme que l’on peut trouver dans les religions, parce que le politique n’apporte plus de repère. Mais le repli identitaire de nombreux croyants sur la norme religieuse n’aide guère à cette ouverture humaniste.”
Recueilli par Charles DELHEZ
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