L’armée responsable de massacres à l’Est du Congo- Les Nations unies pointées du doigt
Au Kivu, voisin du Rwanda, une drôle de guerre en remplace une autre. Au nom d’un mandat de neutralisation des rebelles hutus rwandais (FDLR), l’armée congolaise a délibérément tué plus de 500 civils en 6 mois. La force onusienne, qui continue de la soutenir, est pointée du doigt par les organisations humanitaires.
Photo: Béatrice Petit
Le 17 octobre dans le territoire de Masisi, pour faire face à une épidémie de rougeole, MSF (Médecins Sans Frontières) avait organisé une grande campagne de vaccination sur 7 sites. Comme la zone était préalablement sous contrôle des FDLR, MSF avait pris la précaution d’obtenir l’accord de toutes les forces en présence, à commencer par les autorités locales et l’armée. Or, cette dernière a précisément profité de rassemblements massifs pour tirer dans la foule et semer la terreur. On ne connait pas le nombre de victimes, MSF a dû s’enfuir et n’est plus retourné sur place. Ce petit exemple parmi tant d’autres reflète l’attitude de l’armée, appuyée par les casques bleus (MONUC) dans le cadre de l’opération Kimia 2, ayant pour objectif de désarmer les milices hutues rwandaises réfugiées dans l’Est du Congo depuis le génocide rwandais.
Les civils paient le prix fort et les résultats sont tout simplement catastrophiques, comme l’ont fait remarquer 84 associations humanitaires regroupées au sein de Congo Advocacy Coalition. Depuis janvier 2009, seul un millier de rebelles (sur 6000, sans compter les nouvelles recrues) ont déposé les armes et ont été rapatriés au Rwanda alors que le même nombre de civils étaient tués, 7000 femmes ou jeunes filles étaient violées, plus de 6000 maisons incendiées et 900.000 personnes poussées sur les routes de l’exode.
Silence complice des Nations unies
“Au cours des trois derniers mois, les soldats congolais ont tué des centaines de civils et perpétré un très grand nombre de viols, lors d’une opération appuyée par les Nations unies“, souligne Human Rights Watch. L’organisation de défense des droits de l’homme appelle la MONUC à suspendre immédiatement son soutien opérationnel et logistique sous peine d’être impliquée dans de nouvelles atrocités.
HRW a consciencieusement enquêté et recensé 270 civils tués, surtout en août, par une brigade composée d’anciens miliciens de Nkunda dans une région reculée du Nord Kivu, entre Nyabiondo et Pinga. Les victimes, pour la plupart des femmes, des enfants et des personnes âgées, ont été découpées à coups de machette, décapitées ou battues à mort avec des gourdins. Le plus souvent, les soldats accusent les civils de collaboration avec les milices hutues rwandaises et frappent aveuglément. Le 15 août, à Ndoruma, au retour d’une attaque manquée, ils ont tué délibérément une cinquantaine de civils en guise de représailles. Une femme a vu les militaires tuer son mari et bouter le feu à sa maison, brûlant vifs leurs trois enfants.
Ainsi, entre mars et septembre, l’armée congolaise a tué délibérément au moins 505 civils lors de l’opération Kimia 2. Lors du début des opérations, menées conjointement avec l’armée rwandaise entre fin janvier et fin février, 198 civils avaient déjà été ciblés mortellement. Une fois encore, les civils sont doublement victimes car à leur tour, les rebelles hutus rwandais les attaquent pour se venger d’opérations militaires gouvernementales.
Dans les zones d’affrontements entre l’armée et les rebelles, les violences sexuelles sont encore plus brutales avec des mutilations, tortures et meurtres.
Face à ces accusations, L. Mende, le porte-parole du gouvernement congolais qualifie le rapport d’ “illégitime, irresponsable et criminel“. Selon lui, “pendant que l’armée sauve le pays d’une attaque terroriste de groupes étrangers, ces messieurs de Human Rights Watch s’amusent, parce qu’ils veulent conserver leurs débouchés humanitaires dans ce pays, à démobiliser la communauté internationale pour que le Congo reste cette jungle où l’on se tue à souhait et où l’on a besoin de Zorro et de Tarzan, comme Human Rights Watch“. HRW invite le Ministre Mende à faire une enquête sérieuse…
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Mardi 17 Novembre 2009 - 17:43
Texte et photo : Béatrice PETIT
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