L’Eglise catholique ouvre ses portes aux anglicans dissidents
Le 20 octobre dernier, le Vatican a annoncé son intention de mettre en place une “structure canonique” destinée à accueillir dans l’Église catholique les anglicans en désaccord avec la ligne libérale de leur Église, notamment en ce qui concerne la morale sexuelle et la présence de femmes prêtres et évêques. Une structure qui pourrait servir de modèle à certains lefebvristes désireux de rallier Rome.
L’archevêque de Canterbury Rowan Williams
Présentée lors d’une conférence de presse convoquée à la dernière minute, la nouvelle a pris tout le monde de court. Le cardinal William Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a présenté la semaine dernière les grands axes de la constitution apostolique qui sera très prochainement signée par le pape, ouvrant la voie à une intégration au sein de l’Église catholique des fidèles de tradition anglicane qui le souhaiteraient. “Notre but est de répondre aux nombreuses demandes et initiatives émanant aussi bien du clergé anglican que de certains fidèles anglicans à travers le monde“, a-t-il expliqué.
Récupération ?
Fondée par le roi Henri VIII en 1534, cette Église est effectivement au bord de l’éclatement depuis plusieurs années. Quelque 400.000 fidèles, regroupés au sein de la “Traditional Anglican Communion” (TAC), avaient déjà pris leurs distances avec elle, suite à sa décision, en 1992, d’ordonner des femmes prêtres, puis des femmes évêques. Mais une seconde frange conservatrice de l’anglicanisme, issue principalement des Église d’Afrique et d’Asie, menace aujourd’hui de rompre la Communion, car elle n’accepte pas l’ouverture aux homosexuels menée par les Églises des États-Unis. De nombreuses défections ont d’ailleurs été enregistrées ces dernières années.
Il n’y aurait donc pas, chez le pape, à proprement parler, de souci de récupération, mais une volonté d’accueillir au mieux les prêtres, évêques et fidèles anglicans qui ne se reconnaissent plus dans leur Église et souhaitent rejoindre le catholicisme tout en conservant leur spiritualité d’origine. On ignore encore le contenu de la constitution apostolique fixant les conditions de leur accueil et qui sera signée prochainement par Benoît XVI, mais il apparaît d’ores et déjà que les anciens anglicans pourront conserver des “éléments de leur patrimoine spécifique spirituel et religieux”, ainsi qu’une“liturgie spéciale“, a précisé le cardinal Levada.
Toujours d’après le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, ils seront également regroupés dans des “ordinariats personnels”. En clair, il s’agit de circonscriptions ecclésiastiques qui regroupent des fidèles et des prêtres non pas sur une base territoriale (comme les diocèses), mais à partir de leur lien personnel à une tradition particulière. L’ordinaire, autrement dit l’évêque responsable de cette juridiction, sera nommé parmi l’ex-clergé anglican, prêtre ou évêque, non marié, “et ce en conformité avec les traditions tant occidentale qu’orientale“. Il sera membre de la conférence épiscopale locale.
Un statut spécifique
Quant aux prêtres, même mariés, ils pourront être ordonnés prêtres catholiques, rejoignant dans ce statut particulier leurs confrères qui ont déjà effectué cette démarche à titre individuel. Le cardinal Levada a toutefois bien précisé que cette possibilité ne sera ouverte qu’à eux seuls. “L’Église respecte l’authenticité de leur vocation à servir l’Église. Ce qui est différent des prêtres catholiques qui, en conscience, décident de quitter leur Église pour se marier.“ Enfin, les séminaristes rattachés à ces nouveaux ordinariats pourront être formés soit dans des séminaires catholiques, soit dans des séminaires “répondant aux besoins de formation propres au patrimoine anglican“.
Plusieurs observateurs se demandent toutefois ce qui a bien pu pousser le Vatican à alerter l’opinion si tôt, alors que le document du pape précisant les modalités de cet accueil n’est pas encore prêt. Pour Michel Kubler, rédacteur en chef à “La Croix”, “cette rapidité d’information pourrait être liée au calendrier des discussions doctrinales [qui ont débuté cette semaine] entre Rome et les lefebvristes“. Benoît XVI chercherait par ce biais à envoyer un signal positif aux intégristes qui souhaiteraient revenir à la pleine communion avec le pape sans renier leur tradition d’origine. À condition, bien sûr, de signer le Catéchisme de l’Église catholique et d’accepter les grandes options définies par Vatican II.
Selon le spécialiste des religions Henri Tincq, cette décision du Vatican n’a rien d’étonnant. Elle souligne simplement la tendance du pontificat actuel à renforcer l’unité de l’Église avec les groupes chrétiens les plus conservateurs. Le pape, explique-t-il, “n’a jamais fait mystère de son goût pour la tradition dans la liturgie et l’orthodoxie dans le dogme et la morale“. “L’Église est dans une phase de réaffirmation de son identité face aux attaques du sécularisme et du relativisme“, poursuit-il. “On se rattache à la tradition comme à une bouée de secours.“
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Jeudi 29 Octobre 2009 - 12:12
Pascal ANDRÉ
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