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Samedi 4 Septembre 2010
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Guy Lohéac : Un « non » français susceptible d’encourager l'éclosion des « nationalismes » en Europe



Il n’est pas de mon propos de faire ici la part des motifs respectifs qui ont amené les électeurs français à se prononcer pour ou contre le traité constitutionnel à l’occasion du référendum de ce dimanche 29 mai.
Je voudrais simplement éclairer objectivement un aspect important dont il n’est pas certain que tous en aient bien discerné le danger.
En premier lieu, il est incontestable que la victoire du « non » français est le fruit d’une coalition parfaitement hétéroclite faite de diverses revendications contradictoires qui vont de l’extrême droite à l’extrême gauche et qui ne peuvent donc être porteuses d’aucun projet alternatif satisfaisant. Si l’on ajoute à cela que le « non » européen complexifie encore davantage cette hétérogénéité on comprendra que cette victoire du « non » a de bonnes chances de nous conduire à une impasse…
Mais, au-delà des contradictions qui caractérisent le « non » français, la plupart de ses partisans, pourtant fervents défenseurs de la construction européenne, ne se sont peut-être pas rendus compte qu’ils risquent de favoriser par leur choix ce qu’ils réprouvent très majoritairement au plus profond d’eux-mêmes : l’éclosion des nationalismes sur le continent européen.
Que l’on observe en effet attentivement ce qui s'est passé au cours de cette campagne ! Quelle que soit la famille politique qui est montée au créneau pour protester contre ce traité, force est de constater que toutes, sans exception, revendiquaient un texte avant tout fait pour la France plutôt que de l’être pour l’Europe… et ceci porte un nom : « La préférence nationale » ou le « nationalisme ». Le moins qu’on puisse dire c’est que nous sommes ici très éloignés de l’esprit de ce projet européen lequel revendique sans ambiguïté « l’unité dans la diversité ».
Bien entendu, aucune de ces familles politiques, exception faite de celles de l’extrême-droite française, ne prétendait défendre cette « préférence nationale ». Chacune, au contraire, mettait en avant sa volonté de vouloir bâtir généreusement l’Union européenne sur des bases plus sociales, plus humaines et plus démocratiques. Mais à bien analyser leurs différentes propositions d’une construction européenne plus idéale, force est de constater qu’elles se ramènaient toutes ou presque à des récriminations qui ne visaient en définitive qu’à servir prioritairement les intérêts français et davantage encore des intérêts politiques partisans. On assiste d’ailleurs au même phénomène aux Pays-Bas et au Royaume Uni en attendant qu’il ne gagne d’autres nations.
Ainsi, au delà des bonnes intentions affichées par ces familles politiques, sommes-nous bel et bien en train d’assister aux prémisses d’une montée en puissance des « nationalismes », des « populismes » et des communautarismes » de tous bords sur le continent européen.
Peut-on raisonnablement espérer, avec de nombreux partisans du « non », que ce vote négatif français peut entraîner, à l’échelle européenne, un « sursaut » susceptible de relancer la construction de l’Union sur des bases plus progressistes et plus démocratiques ? On le souhaiterait mais c'est loin d'être certain. Ce qui, en revanche, est plus probable c’est qu’elle pourrait encourager puissamment des réactions nationalistes avec tous les risques qu’on peut imaginer : risques de conflits, de crises mais également risques de détournement du sens de l’Union européenne... car ces risques sont désormais bien réels. Nous sommes désormais placés face à nos responsabilités et il nous faudra les assumer quoi qu'il advienne.


Guy Lohéac


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