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Grande-Bretagne : les 'chimères autorisées'

Le 19 mai dernier, les députés britanniques ont approuvé en deuxième lecture l'utilisation d'embryons hybrides, issus de l'intégration d'ADN humain dans des ovules d'animaux, à des fins de recherche sur des maladies comme Alzheimer. Pour l'Église catholique et certains députés de l'opposition conservatrice, il s'agit d'une attaque monstrueuse contre la dignité humaine.



Grande-Bretagne : les 'chimères autorisées'
Les 19 et 20 mai derniers, la Chambre des Communes a remis à plat sa loi sur la bioéthique, dans un climat passionné et tendu. Les divisions étaient d'ailleurs telles à l'intérieur de chacun des partis traditionnels que le Premier ministre Gordon Brown a fini par accorder un “vote libre” sur les points les plus controversés. Les députés n'étaient donc pas tenus par la discipline de leur parti et pouvaient voter selon leurs convictions. Il est vrai que les quatre sujets abordés au cours de cette session étaient particulièrement polémiques, à commencer par l'utilisation d'embryons mi-humains, mi-animaux, à des fins de recherche sur les maladies génétiques.



Trois conditions

En fait, l'Autorité britannique pour la fertilité humaine et l'embryologie avait déjà accordé en septembre 2007 son feu vert “de principe” aux embryons hybrides et octroyé des licences de recherche. Mais le gouvernement britannique a voulu aller plus loin en inscrivant noir sur blanc dans la loi l'autorisation des chimères. Ce qui est désormais le cas, puisqu'une majorité écrasante de députés ont finalement approuvé en deuxième lecture l'utilisation d'embryons hybrides, c'est-à-dire issus de l'intégration d?ADN humain dans des ovules d'animaux. Trois conditions doivent cependant être respectées : ces embryons sont réservés à des fins exclusivement scientifiques ; ils doivent être détruits au plus tard au bout de 14 jours de développement ; et il est interdit de les implanter dans l'utérus d'une femme.
Ce vote, bien sûr, ne satisfait pas tout le monde. Ainsi, le cardinal Keith O'Brien, archevêque d'Edimbourg, a-t-il déclaré que ces embryons mi-humains, mi-animaux étaient “une attaque monstrueuse contre les droits de l'homme, la dignité humaine et la vie humaine“. En signe de protestation, les évêques catholiques de Grande-Bretagne et d'Irlande ont d'ailleurs fait un don important pour la recherche sur les cellules souches adultes. Même réaction indignée au Vatican, où Mgr Elio Sgreccia, président de l'Académie pontificale pour la vie, a rappelé que ce type de recherche était “grave sur le plan éthique”. Il estime également que l'hypothèse de trouver des remèdes à des maladies génétiques à partir de recherches sur les embryons hybrides “est pour l'instant sans fondement“. Il s'agit d'un “mensonge médiatique sans support scientifique“, a-t-il insisté.



Le plus long délai d'Europe

Autre sujet polémique : l'avortement. Actuellement, la Grande-Bretagne autorise le plus long délai d'Europe pour l'avortement, jusqu'à 24 semaines de grossesse. Plusieurs députés ont déposé des amendements pour baisser la limite légale à 22, 20 ou 16 semaines. Leur argument étant que la médecine a fait d'importants progrès et que les prématurés nés à 24 semaines ont désormais une bonne chance de survie. Mais malheureusement pour eux, toutes leurs propositions ont été rejetées par l'Assemblée.
La troisième question en débat portait sur le rôle du père en cas d'insémination au sein d'un couple. Actuellement, la loi impose que le nom du père soit inscrit sur les documents lors de la demande d'insémination, et ensuite sur les registres d'état civil, ce qui limitait, bien entendu, l'accès des femmes célibataires ou lesbiennes à la fécondation in vitro. Désormais, celles-ci sont autorisées à remplacer cette mention du père par l'inscription - éventuelle et non obligatoire - d'un autre “parent” qui peut être une femme.
Enfin, le dernier débat concernait la sélection des embryons. Le projet de loi prévoyant la possibilité de recourir à des “bébés donneurs” pour tenter de sauver la vie d'un frère ou d'une soeur atteint d'une maladie génétique a été approuvé. “Cela signifie que l'enfant n'est pas créé pour lui-même, mais pour fournir une guérison“, s'est notamment insurgée Josephine Quintervalle, de l'association “Comments on Reproductive Ethics”.




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Mardi 27 Mai 2008 - 15:51
Pascal ANDRÉ


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