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Economie, social, environnement

Du mal-être psychique à une politique régénérée

Rebond citoyen sur la réflexion d'Edgar Morin



Le point de vue du sociologue Edgar Morin sur l'écologie politique, paru dans « Le Monde » du 13 juin 2009 est remarquable par les quelques idées simples qu'il développe et qui du coup doivent toucher, interpeller les gens ordinaires, dont je suis.

Je suis frappé comme lui par le mal-être psychique que beaucoup d'entre nous vivent, nourri par la collision permanente entre nos fragilités personnelles et la dureté de la vie quotidienne.

Edgar Morin a cruellement raison quand il explique que les dégradations psychiques, parce qu'elles relèvent de la vie privée, demeurent invisibles à la conscience politique. On pourra remarquer au passage que c'est tant mieux car la politique n'a pas à s'immiscer dans notre vie personnelle. Encore que!... La question philosophique posée tout récemment aux candidats au bac « musique et danse », à savoir: « l'Etat doit-il garantir le bonheur des citoyens? » nous invite à répondre par l'affirmative. Le politique peut sans doute garantir, au moins pour une part, le bonheur des citoyens, à la condition de ne pas « calculer ». Car, ajoute Edgar Morin, « le calcul occulte ce qui ne peut être calculé, c'est à dire la souffrance, le bonheur, la joie, l'amour ». Ce n'est donc pas la politique qui serait incapable de nous rendre heureux, mais bien plutôt la façon de l'exercer.

Je voudrais prendre l'exemple du chômage, mot épouvantablement galvaudé, alors que le mal-être qu'il signifie le plus souvent, lui, n'est pas compressible.
On a dit que la fusion de l'ANPE et de l'assurance-chômage, en un service unique « Pôle Emploi » répondait à l'impérieuse nécessité d'un vrai accompagnement personnalisé des « candidats » à un emploi. Plus encore que d'un accompagnement professionnel, c'est d'un accompagnement d'ordre psychologique dont beaucoup de candidats auraient besoin, (psychologique étant entendu au sens de l'être humain, et non de personne malade), et je ne suis pas certain que Pôle-Emploi et son bataillon de conseillers soient dans leur rôle pour relever ce défi là.
Mais si ce n'est Pôle-Emploi, qui le fera? A qui donc alors reconnaîtra-t-on cette compétence, aux coaches, aux psychologues, aux travailleurs sociaux, aux médecins? J'ai peur qu'il n'y ait jamais assez de professionnels pour combler la demande, de la même manière qu'il n'y a pas assez de travail pour tout le monde.
Dans son livre « l'homme compassionnel », dont « Le Monde » s'est fait dernièrement l'écho, Myriam Revault d'Allonnes en appelle à « des institutions justes qui étendent au champ des rapports interhumains ce que la sympathie pour l'autre souffrant a ouvert dans les rapports entre les personnes ».
Des institutions justes, il en existe déjà.
J'ai bénéficié il y a deux ans, déjà à l'époque candidat à un emploi, de solidarités associatives, où l'aspect humain avait toute sa place: L'association « Courte Echelle », à Grenoble par exemple, ou encore Solidarités Nouvelles Contre le Chômage (SNC), élan porté par un homme politique un peu différent, Jean-Baptiste de Foucauld, et qui a essaimé plusieurs groupes dans le pays.
Il existe aussi, ici ou là, un foisonnement d'initiatives à l'échelle privée, par exemple des parrainages de candidats à l'emploi par des cadres à la retraite.
Mais on pourrait aller plus loin encore. Chacun pourrait, là où il est, et à sa manière, soutenir un candidat à l'emploi, en le remettant debout, c'est à dire en l'écoutant, en l'entourant de cet « amour » dont Edgar Morin écrit qu'il n'est pas un critère de l'action politique. L'expérience montre que, confiant en lui-même, et fort de sa richesse intérieure réactivée, le candidat est beaucoup mieux armé pour retrouver du travail.
Pour résumer, il conviendrait de renforcer ces institutions et de multiplier ces initiatives de sorte que l'on ne puisse pas seulement lutter contre le chômage à coups de plans de relance et de croissance retrouvée, mais à coups de solidarités actives.
Et ce qui serait vrai pour le chômage le serait sans doute aussi pour d'autres aspects de notre vie personnelle, d'autres souffrances (je pense à la maladie, au handicap, à la solitude), que les institutions, les professionnels et aussi les initiatives privées existantes ne suffisent pas à soulager.

Mais en écrivant ces lignes, j'ai bien conscience que je rêve. Ou plutôt que je suis en plein dans l'écologie politique, s'il est vrai, comme le suggère Edgar Morin, que c'est sous sa bannière que pourront se bâtir de « nouvelles solidarités ».
Au fond, ce serait le sens citoyen de chacun qui viendrait au secours de la décision politique, et qui distribuerait autour de lui « la poésie » dont parle Edgar Morin, les pépites d'espérance qu'on n'a parfois plus la force de chercher. Le vrai sens citoyen. Pas seulement celui dont on parle aux élèves dans les établissements scolaires, et qui se limite souvent à la connaissance des institutions ou à des questions de vocabulaire, ni même celui dont on a parlé au moment de la dernière élection présidentielle, qui cherche à réconcilier les citoyens avec la politique. Non, la vraie citoyenneté, née de la rencontre solidaire entre les citoyens.

Et si la politique « régénérée », pour reprendre le terme employé par Edgar Morin, intégrait davantage un objectif de compassion et d'amour, alors on réconcilierait sans doute plus facilement les Français avec la politique. Parce que la politique deviendrait tout à coup vitale, c'est à dire inhérente à la personne et aux émotions qu'elle porte, et à la portée de tous: il n'est pas besoin en effet de sortir de Sciences-pô ou de l'ENA pour faire le bien autour de soi.

A l'aune de cette « écologie », au sens qu'utilise Edgar Morin, la politique régénérée serait capable alors de bousculer le système politique en place, qui, trop souvent privilégie le calcul aux sentiments. Les élus, les partis politiques devront alors, davantage qu'ils ne le font, ouvrir les portes de leurs bastions et de leurs forteresses aux citoyens, en leur confiant des responsabilités, à la mesure de la solidarité qu'ils ont dispensée.

Cette politique régénérée serait cette politique capable de cultiver l'intérêt général sur le terreau de la vie personnelle. Autant dire qu'elle se donnerait alors les moyens de réussir: On atténuerait le mal-être psychique, et on développerait l'épanouissement de soi. On aiderait aussi la personne à sortir du contexte et de la situation qui explique sa souffrance. Ce qui représenterait un double gain, pour la vie personnelle et pour l'intérêt général.
Et, cerise sur le gâteau, ce faisant, on rénoverait la pratique politique...


Vendredi 31 Juillet 2009 - 15:24
Denis Magnin, conseiller municipal de Nantes-en-Rattier (Isè


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