Déclin de l’Eglise catholique : "Il est moins cinq !"
Recteur du Collège des jésuites au Caire, le père Henri Boulad est un fin connaisseur de l’Église catholique. Ayant atteint l’âge de la maturité (76 ans), il a souhaité s’adresser directement au pape afin de lui faire part de ses inquiétudes quant à l’avenir de l’Église, mais aussi lui suggérer quelques pistes pour sortir de la crise actuelle. Voici quelques larges extraits de sa lettre, rendue publique le 8 juillet dernier.
Très Saint Père,
J’ose m’adresser directement à vous, car mon coeur saigne de voir l’abîme dans lequel notre Église est en train de sombrer. Vous voudrez bien excuser ma franchise toute filiale, dictée à la fois par “la liberté des enfants de Dieu” à laquelle nous invite saint Paul, et par mon amour passionné pour l’Église. Vous voudrez bien aussi excuser le ton alarmiste de cette lettre, car je crois qu’”il est moins cinq” et que la situation ne saurait attendre davantage. (…)
Tout d’abord, un certain nombre de constats (la liste est loin d’être exhaustive) :
1. La pratique religieuse est en déclin constant. Les églises d’Europe et du Canada ne sont plus fréquentées que par un nombre de plus en plus réduit de personnes du troisième âge, qui disparaîtront bientôt. (…)
2. Les séminaires et noviciats se vident au même rythme et les vocations sont en chute libre. L’avenir est plutôt sombre et l’on se demande qui prendra la relève. (…)
3. Beaucoup de prêtres quittent le sacerdoce et le petit nombre de ceux qui l’exercent encore – dont l’âge est souvent au-dessus de celui de la retraite – doivent assurer le service de plusieurs paroisses, de façon expéditive et administrative. (…)
4. Le langage de l’Église est désuet, anachronique, ennuyeux, répétitif, moralisant et totalement inadapté à notre époque. Il ne s’agit pas du tout d’aller dans le sens du poil et de faire de la démagogie, car le message de l’Évangile doit être présenté dans toute sa crudité et son exigence. Ce qu’il faudrait plutôt, c’est procéder à cette “nouvelle évangélisation” à laquelle nous conviait Jean-Paul II. Mais celle-ci, contrairement à ce que beaucoup pensent, ne consiste pas du tout à répéter l’ancienne, qui ne mord plus, mais à innover, inventer un nouveau langage qui redise la foi de façon pertinente et signifiante pour l’homme d’aujourd’hui.
5. Cela ne pourra se faire que par un renouveau en profondeur de la théologie et de la catéchèse, qui devraient être repensées et reformulées de fond en comble. Un prêtre et religieux allemand rencontré récemment me disait que le mot “mystique” n’était pas mentionné une seule fois dans “Le nouveau catéchisme”. J’en étais estomaqué. Il faut bien constater que notre foi est trop cérébrale, abstraite, dogmatique et parle très peu au coeur et au corps.
6. Comme conséquence, un grand nombre de chrétiens se tournent vers les religions d’Asie, les sectes, le New Age, les Églises évangéliques, l’occultisme, etc. Comment s’en étonner ? Ils vont chercher ailleurs la nourriture qu’ils ne trouvent pas chez nous, car ils ont l’impression que nous leur donnons des pierres en guise de pain. (…)
7. Sur le plan moral et éthique, les injonctions du Magistère, répétées à satiété, sur le mariage, la contraception, l’avortement, l’euthanasie, l’homosexualité, le mariage des prêtres, les divorcés remariés, etc. ne touchent plus personne et n’engendrent que lassitude et indifférence. (…)
8. L’Église catholique, qui a été la grande éducatrice de l’Europe pendant des siècles, semble oublier que cette Europe a accédé à la maturité. Notre Europe adulte refuse d’être traitée en mineure. Le style paternaliste d’une Église Mater et Magistra est définitivement périmé et ne colle plus aujourd’hui. (…)
9. Les nations les plus catholiques d’autrefois (…) ont opéré un retournement à 180° pour verser dans l’athéisme, l’anticléricalisme, l’agnosticisme, l’indifférence.
10. Le dialogue avec les autres Églises et les autres religions marque aujourd’hui un recul inquiétant. Les avancées remarquables réalisées depuis un demi-siècle semblent en ce moment compromises.
Face à constat plutôt accablant, la réaction de l’Église est double :
- Elle tend à minimiser la gravité de la situation et à se consoler en constatant un certain renouveau dans son aile la plus traditionnelle, ainsi que dans les pays du tiers-monde.
- Elle invoque la confiance dans le Seigneur, qui l’a soutenue pendant vingt siècles et sera bien capable de l’aider à dépasser cette nouvelle crise, comme il l’a fait pour les précédentes. (…)
À cela, je réponds :
- Ce n’est pas en s’arc-boutant sur le passé, en en recueillant les fragments, que l’on résoudra les problèmes d’aujourd’hui et de demain.
- L’apparente vitalité des Églises du tiers-monde est trompeuse. Selon toute vraisemblance, ces nouvelles Églises passeront tôt ou tard par les mêmes crises qu’a connues la vieille chrétienté européenne.
- La modernité est incontournable et c’est pour l’avoir oublié que l’Église est dans une telle crise aujourd’hui. (…)
- Jusqu’à quand continuerons-nous à jouer à la politique de l’autruche (…) ? Jusqu’à quand refuserons-nous de regarder les choses en face ? Jusqu’à quand essaierons-nous de sauver à tout prix la façade – une façade qui ne fait illusion à personne aujourd’hui ? Jusqu’à quand continuerons-nous à nous braquer, à nous crisper contre toute critique, au lieu d’y voir une chance vers un renouveau ? Jusqu’à quand continuerons-nous à remettre aux calendes grecques une réforme qui s’impose impérativement et qu’on n’a que trop longtemps remise ? (…)
- Je répète ce que je disais au début de cette lettre : “IL EST MOINS CINQ” (…). L’Histoire n’attend pas, surtout à notre époque, où le rythme s’emballe et s’accélère.
- Toute entreprise commerciale qui constate un déficit ou des dysfonctionnements se remet immédiatement en question, réunit des experts, tente de se reprendre, mobilise toutes ses énergies pour dépasser la crise.
- Pourquoi l’Église n’en fait-elle pas autant ? Pourquoi ne mobilise-t- elle pas toutes ses forces vives pour un radical aggiornamento ? Pourquoi ?
- Paresse, lâcheté, orgueil, manque d’imagination, de créativité, quiétisme coupable, dans l’espoir que le Seigneur s’arrangera et que l’Église en a connu bien d’autres dans le passé ? (…)
ALORS QUE FAIRE ? L’Église d’aujourd’hui a un besoin impérieux et urgent d’une TRIPLE RÉFORME : 1. Une réforme théologique et catéchétique pour repenser la foi et la reformuler de façon cohérente pour nos contemporains. (…)
2. Une réforme pastorale pour repenser de fond en comble les structures héritées du passé.
3. Une réforme spirituelle pour revivifier la mystique et repenser les sacrements en vue de leur donner une dimension existentielle, de les articuler à la vie. (…)
L’Église d’aujourd’hui est trop formelle, trop formaliste. On a l’impression que l’institution étouffe le charisme et que ce qui compte finalement, c’est une stabilité tout extérieure, une respectabilité de surface, une certaine façade. Ne risquons-nous pas de nous voir un jour traiter par Jésus de “sépulcres blanchis” ?
Pour terminer, je suggère la convocation, au niveau de l’Église universelle, d’un synode général auquel participeraient tous les chrétiens – catholiques et autres – pour examiner en toute franchise et clarté les points signalés plus haut et tous ceux qui seraient proposés. Un tel synode, qui durerait trois ans, serait couronné par une assemblée générale – évitons le terme de “concile” – qui rassemblerait les résultats de cette enquête et en tirerait les conclusions.
Je termine, très Saint Père, en vous demandant de pardonner ma franchise et mon audace, et en sollicitant votre paternelle bénédiction. (…)
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Vendredi 28 Août 2009 - 10:40
Henri Boulad
1.Posté par
Rabeyrin jean le 28/08/2009 11:46
Merci pour ce texte vivifiant et tellement juste.
2.Posté par
Bertrand BINCTIN le 28/08/2009 11:49
Quel âge ont les dirigeants des pays les plus puissants du monde ?
Quel âge ont les principaux dirigeants de l'Eglise catholique ?
Les cathos risquent-ils l'excommunication en pronant la démocratie à l'intérieur de cette institution archaique ?
3.Posté par
francis le 28/08/2009 12:25
Mon père, vous osez affirmer que : "Sur le plan moral et éthique, les injonctions du Magistère, répétées à satiété, sur le mariage, la contraception, l’avortement, l’euthanasie, l’homosexualité, le mariage des prêtres, les divorcés remariés, etc. ne touchent plus personne et n’engendrent que lassitude et indifférence." Que préconisez-vous ? Que l'Eglise dise "Eliminez les embryons, éliminez les vieux et les handicapés, privilégiez une sexualité basée sur le plaisir et qui va à l'encontre de la loi naturelle" ??? Quant au mariage, que voulez vous dire ? Que l'Eglise a un discours rétrograde en prônant la fidélité et non les contrats à durée indéterminées que nous propose la société moderne, au détriment de l'amour vrai et de l'éduation des enfants ? Quant au mariage des prêtres, cela regarde les catholiques et riens que les catholiques. Croyez vous que les prêtres, qui, comme vous le dites fort justement "doivent assurer le service de plusieurs paroisses, de façon expéditive et administrative", pourront, une fois mariés, consacrer plus de temps à ces tâches ?
Que d'incohérence et de signes de désespérance dans vos propos bien légers !!!!
4.Posté par
Delaporte le 28/08/2009 12:35
On nous ressasse ce genre de propos entendu et pontifiant depuis les années 1950. On a tout fait pour le mettre en oeuvre, et l'on ne peut que constater le résultat dont ce cher vieux jésuite dresse un bilan évident, et dont, vu son âge, il est certainement en partie responsable.
Quand comprendra-t-on que c'est exactement le contraire qu'il faut faire : non pas l'Eglise à la remorque du monde, mais le monde à la remorque de l'Eglise, comme l'ont réussi tous les saints. Mais pour cela il faut être saint, pas beau parleur.
Cordialement
5.Posté par
Luc Champagne le 29/08/2009 09:58
Je crois que diagnostic institutionnel d'Henri Boulad est largement exact, mais je crois qu'il faut dire dans le même souffle le courage des chrétiens jeunes et moins jeunes qui oeuvrent pour dire l'Evangile dans le monde. Ceci par leur présence active dans la vie écclésiale, sociale, politique... En cela ils dépassent évangéliquement une institution apeurée par les difficultés et qui ne se donne ps le courage d'un langage et d'une pratique pour notre temps. L'avenir de l'Eglise est là. Nous avons besoin d 'une Eglise qui soit attentive, ouverte, accueillante aux "signes des temps" comme le dit le Concile, c'est à dire qui évangélise la nouveauté permanente de notre histoire. L'Eglise doit cesser de croire qu'elle détient la vérité, elle a, par contre, le devoir d'être en recherche de cette vérité avec toutes celles et tous ceux qui prennent ce même chemin dans toutes les cultures, toutes les religions, toutes les philosophies.
Parceque le Royaume nous est contemporain (Luc 17,21) nous avons tous à oeuvrer pour la justice et le bonheur de chacun ici et maintenant. C'est notre mission dite par le Jésus de l'Evangile.
6.Posté par
gérard Dupont le 30/08/2009 08:34
Un texte d'importance de plus dans mon dossier "Eglise et dogmatique" J'adhère totalement à l'analyse dun père Boulad. J'ai mal à mon Eglise. L'écart continue à se creuser inexorablement particulièrement en Europe entre une église institution qui campe sur sa dogmatique et beaucoup de chrétiens qui ne comprennent plus. Une minorité admirable d'entre eux s'engage à fond dans l'esprit du christ et de l'Evangile sans trop se poser de questions. Signe de renouveau? Tout simplement l'arbre qui cache la forêt grossissante des agnostiques et des indifférents .
Oui il faut d'urgence un nouveau concile; pas un concile en vase clos constitué principalement de canonistes, mais un concile ouvert représentant de l'Eglise vivante du Christ en son siècle..
7.Posté par
Michel Weber le 30/08/2009 08:48
Vierges sages et folles attendent le retour de l’époux. Toutes sont « dans l’église du Christ » sans quoi elles ne seraient pas là. Les premières ont leurs réserves d’huile, figure classique de l’esprit divin dans l’héritage culturel de Jésus. Les folles n’ont rien. Elles s’agitent, elles demandent, mais il est trop tard, la noce va commencer. En 2009, fasse le ciel que repentance et conversion individuelle soient encore à la portée des cœurs en attente. L’heure n’est plus aux débats, aux parlottes ou aux diagnostics, aussi lucides soient-ils.
8.Posté par
plume66 le 14/10/2009 21:35
a mon humble avis je pense que l'église catholique est, depuis bien longtemps, une coquille vide, sans âme, et qui n'attire en fait que des gens sans réflexion, de niveau d'esprit très simple, influençables.. Beaucoup de paroles........beaucoup de grands gestes...Beaucoup de panache.......du théâtral avec rien derrière. S'il y a par contre un courant authentique qui, lui, ne fait pas de bruit et qui draine en fait de plus en plus de gens, c'est bien l'église orthodoxe. Elle a gardé la pureté de ses rites depuis l'origine, ne s'est jamais mêlé de politique, d'affaires d"'argents, de problèmes de moeurs, de sexe, etc.... Il n'y a pas non plus de ""lourdes"" dans l'église orthodoxe, (curieux, les miracles ne concernent que les cathos?). Je pense sincèrement que l'église catholique a tellement compilé, synchrétisé , transformé, changé, inventé, menti, etc...qu'elle n'est plus rien qu'une farce comico tragique.
Une messe orthodoxe, une prière musulmane , provoquent bien plus d'émotion qu'une messe rébarbative et sans âme chez les cathos..........
9.Posté par
Nitram le 02/11/2009 12:57
Ce jésuite a grandement raison. En France et dans d'autres pays l'église catholique s'enfonce. Elle est aujourd'hui minoritaire en France (les baptêmes ne représentent que 42% des naissances, les mariages catholiques le tiers des mariages civils. Les confirmations 10% d'une classe d'âge)
Mais la cause véritable de ce déclin est le laxisme dans la pastorale de l'Eglise. Il n'est ni normal ni honnête que les sacrements ( mariage, baptême des enfants) soient accordés de façon trop libérale à des gens qui ne sont pas croyants et veulent seulement une cérémonie
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