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Crise économique et financière: Quelles solutions ?

La crise économique et financière actuelle laissera des traces profondes au sein de la société. Lesquelles ? Il est encore difficile de le dire, mais il ne fait aucun doute aujourd’hui qu’il faudra repenser l’organisation actuelle du système financier. Pour tenter d’y voir plus clair dans tout cela, le groupe Altercité (*) a invité le 20 octobre dernier le cardinal Godfried Danneels et l’économiste Alexandre Lamfalussy à donner leur point de vue sur cette problématique.



Crise économique et financière: Quelles solutions ?
Président du Haut Comité pour une nouvelle architecture financière, Alexandre Lamfalussy a commencé son exposé par un long état des lieux. Il a tout d’abord rappelé que “la survenance de crises plus ou moins violentes fait partie du système économique capitaliste“. Il reconnaît cependant que cette crise-ci est “exceptionnelle par sa soudaineté et par son ampleur“. Elle est certainement la plus importante que nous ayons connue depuis celle des années 1929-1933. Lui est-elle pour autant comparable ? Pas vraiment, car elle a ses propres spécificités. Et l’économiste d’énumérer les différents éléments qui ont entraîné son déclenchement et qui sont propres à notre époque.
Premièrement, l’ampleur de la crise actuelle s’explique en partie par la globalisation de l’économie et de la finance, qui se traduit principalement par “une plus grande interdépendance géographique des acteurs“. Ensuite, explique-t-il, “la dérégulation du marché a pratiquement atteint son point d’achèvement, contribuant ainsi à l’effacement des lignes de démarcation entre les différents types d’entreprises financières“. “Les banques spéculent et prennent des risques exagérés par rapport à leur véritable mission de financement de l’économie. Elles développent toutes une série d’activités périphériques à cette mission, comme les assurances. Tout est devenu possible.“ Autres facteurs explicatifs : la dimension anormalement grande du secteur financier par rapport à la totalité des capitalisations (28% au moment de la crise contre 9-10% quelques années plus tôt) et la généralisation de la titrisation. “La distance entre emprunteur final et créancier final est devenue si grande que les transactions sont devenues totalement opaques.” Enfin, le niveau très élevé des liquidités pousse à prendre des risques exagérés.

Réussir la sortie de crise

Si l’économiste belge salue les différentes interventions des pouvoirs publics qui nous ont permis d’éviter le pire, il insiste sur le fait que celles-ci n’ont pas empêché la récession économique et la progression du chômage (celui-ci a plus que doublé auxÉtats-Unis). Certes, il y a eu une “bonne coordination au niveau des gouvernements et des banques centrales“ qui ont parfaitement joué leur rôle de pompiers, mais maintenant que le plus difficile est derrière nous, il faut “nous attaquer aux racines de la crise financière“. Ce qui est loin d’être évident, reconnaît Alexandre Lamfalussy. “Tant qu’on en reste au niveau des généralités, on arrive facilement à se mettre d’accord, mais une fois qu’on entre dans les détails et qu’on aborde les principes opérationnels, chacun est tenté de jouer cavalier seul. Or, pour réussir la sortie de crise, nous avons besoin d’une bonne gouvernance internationale.“
Comment réparer les dysfonctionnements du système bancaire ? Le président du Haut Comité pour une nouvelle architecture financière a présenté les différentes réformes qui, selon lui, devraient être mises en place assez rapidement : mener des actions coordonnées contre l’usage abusif des marchés des dérivés et des systèmes d’assurances contre les risques (CDS) ; mettre de l’ordre (de l’objectivité) dans le fonctionnement des agences de notation ; corriger les abus de rémunérations des dirigeants de banques et des traders ; développer de nouvelles normes/règles comptables afin d’éviter les phénomènes cycliques qu’elles contribuent à engendrer.
Pour l’économiste, il est urgent d’agir, surtout au niveau de l’Union européenne. Sinon, elle se verra distancée par les États-Unis qui imposeront au monde leurs propres règles. “Si nous ne prenons pas les mesures qui s’imposent, nous risquons de connaître des récessions bien pires que celles que nous connaissons aujourd’hui“, a-t-il déclaré, non sans inviter à une certaine humilité et à la prudence, puisque c’est la première fois que nous sommes confrontés à ce type de crise.

Changer les mentalités

Même si l’économie et la finance ne sont pas vraiment sa tasse de thé, le cardinal Godfried Danneels constate que l’éthique n’a jamais été aussi souvent évoquée que ces derniers mois. “L’Église n’a pas de solutions à apporter à cette crise“, reconnaît-il humblement. “Il vaut d’ailleurs mieux qu’elle ne s’en mêle pas. La seule chose qu’elle peut dire, c’est que cette crise ne va pas se résoudre uniquement par des mesures techniques. Il faut aussi changer les mentalités et donner une place à l’éthique. Et dans ce domaine précis, l’Église a des choses à dire. Elle a une vue morale sur la situation.“ L‘archevêque de Malines-Bruxelles regrette toutefois qu’il n’y ait pas de consensus au niveau mondial sur nos valeurs de base. “Chacun a sa propre vérité“, poursuit-il. “Du coup, on en arrive à une situation ingérable. Mais sommes-nous capables d’inventer par nous-mêmes notre propre façon d’agir ?“ se demande-t-il. “Sommes-nous capables de nous passer d’une source transcendante ?“ Le cardinal Danneels en doute fortement.
“Nous devons aussi nous rendre compte qu’il y a une crise de leadership“, poursuit-il. “Est-il normal que la formation des cadres soit exclusivement axée sur la rentabilité, l’efficacité et la compétitivité, et qu’ils ne soient jamais invités à se demander pourquoi, à se poser la question du sens ? Le leader n’est-il pas plus que cela ?“ Le Cardinal doit toutefois reconnaître que de plus en plus de patrons redécouvrent l’intériorité, font des retraites, prennent du temps pour eux. “Comment un chef d’entreprise peut-il tenir le coup sans ce genre de parenthèse ?“
L’archevêque de Malines-Bruxelles est également convaincu que le monde a besoin de donneurs de sens, de religions. “La Bible“, explique-t-il, “n’est pas un livre de citations dans lequel on va puiser pour illustrer ce que l’on a trouvé par soi-même.” Elle est une source d’inspiration, “un livre de paradigmes“ qui doit sans cesse être relu et réinterprété, “un appel continuel à la conversion et à l’utopie“.


(*) “Altercité” est un groupe informel de chrétiens engagés dans la vie sociale et politique de notre pays. Infos : 0479/564.722 – www.altercite.beinfo@altercite.be. Prochaine activité : “La violence : comment en sortir ? Quelles solutions pour construire un lien social fort ?”, le samedi 14 novembre 2009, aux Facultés Saint-Louis à Bruxelles, de 9h30 à 17h. PAF : 15€.

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Mardi 3 Novembre 2009 - 13:58
Pascal ANDRÉ


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