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Droits de l' homme

Congo. Quelle place pour les femmes ?

Une femme, une épouse, une mère déterminée, rassembleuse, pleine d’humanité, qui lutte de manière indéfectible pour la paix, mais aussi une femme qui aime rire et porter la vie partout où elle se déplace : c’est en ces termes que Sylvie Sarolea, professeur de droit international à l’Université de Louvain, a présenté la semaine dernière Venantie Bisimwa Nabintu, sa “ filleule “ proposée comme docteure honoris causa de l’UCL.



Née au Congo voici 53 ans, Venantie est diplômée en sociologie de l’Université de Lubumbashi. Dans son pays, elle est secrétaire exécutive du “Réseau des Femmes pour la défense des Droits et de la Paix", un organe qu’elle définit elle-même comme un cadre de référence pour que les femmes défendent les droits humains. Le travail se fait à la base, au sein de “Comités d’Alerte pour la Paix “ où les femmes oeuvrent pour la prévention et la réponse aux violences sexuelles.
Durant les jours qui ont précédé la séance de la remise de son diplôme de docteur honoris causa, Venantie a participé à différentes rencontres et notamment à un séminaire intitulé “Femmes en guerre : quels droits et quelles possibilités d’action collective ?" Elle y a expliqué les réponses locales que son réseau travaillait à apporter face aux violences faites aux femmes : “Il faut d’abord que les femmes qui ont été agressées, violées, puissent se confier à d’autres femmes, leur faire le récit des drames inimaginables dont elles ont été les victimes. Car on doit avant tout éviter le silence. C’est ensuite qu’on peut les orienter vers une assistance humanitaire, notamment hospitalière et psychologique."

Pourquoi les violences sexuelles ?

Si les guerres précédentes ont utilisé les armes à feu et les armes blanches pour atteindre leurs objectifs, celles d’à partir de 1996 ont intégré des armes plus insidieuses, à destruction parfois lente mais sûre, notamment les violences sexuelles. Les violences sexuelles ont été intégrées comme arme de guerre pour détruire les organes génitaux des femmes congolaises de tout milieu, rural comme urbain. Un autre effet recherché dans l’utilisation des violences sexuelles est celui, psychologique, d’humilier l’homme congolais, le déséquilibrer pour qu’il perde confiance en ses capacités, ses capacités de se défendre, de défendre sa progéniture, de défendre son espace vital. Elles visent aussi la désagrégation des structures familiales, cellule de base de la société congolaise.

Quelle a été la réaction des femmes ?

Quand, suite aux déplacements forcés et à l’occupation de leur terroir par les forces étrangères, les populations congolaises ont compris que leur terre nourricière était en train de leur être arrachée, elles se sont mobilisées pour barrer la route et réduire l’expansion de l’occupation, dénoncer le complot et la trahison. Les femmes, contrairement à leur désintérêt habituel pour la chose publique, ne sont pas restées inactives. Aux côtés des organisations des droits de l’homme, les organisations féminines se créent et s’investissent dans la défense des droits humains. Pour nous, femmes, il a été essentiel pour notre survie de nous saisir de la situation de cette crise comme une opportunité pour revendiquer plus de considération et une position d’égalité dans la société afin de garantir notre participation à la prise de décision et réduire notre vulnérabilité à la violence.

Quel est le sens de leur combat ?

La femme va accéder à une position sociale équitable par le développement de ses capacités personnelles. Le développement des capacités personnelles des femmes constitue une condition pour le développement de la société toute entière ; il passe par l’éducation formelle et informelle à travers laquelle seront promues des valeurs positives de patriotisme, de partage et d’équité. Nous voulons toujours promouvoir tout ce qui favorise le développement de ces capacités personnelles et empêcher par tous les moyens ce qui les entrave. “

Vers le développement durable ?

Dans tout notre plaidoyer dans les instances internationales (…), notre cheval de bataille a toujours été de montrer qu’au delà des réponses humanitaires, les violences sexuelles devraient être traitées dans une perspective de développement durable. (…). Ensemble, nous avons stimulé l’engagement de l’élite féminine congolaise du Sud Kivu dans les partis politiques pour son implication dans les élections, et partant dans la gestion de la chose publique. Nous constatons que plus de 80 femmes ont été candidates titulaires aux élections législatives nationales et provinciales dans la province du Sud Kivu”.
Quel rôle pour l’Université ?
À la question “Qu’attendez-vous de l’Université ? “ posée au cours du séminaire, Venantie a répondu : “Vous pouvez aider à instaurer un dialogue entre la Belgique et le Congo. Nous devons dire ensemble notre histoire. Nous, Congolais, avons le sentiment que vous les Belges vous nous ignorez. Nous voulons que la Belgique s‘engage et mette tout son poids pour que l’on trouve une solution durable afin de sortir de la guerre. L’Université peut aider à reconstruire le Congo."

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Jeudi 11 Février 2010 - 20:12
Hubert WATTIER


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