Les leaders spirituels de Belgique, bouddhistes, chrétiens (différentes Églises), Hindous, Jaïn, Juifs, Musulmans (ordre alphabétique), veulent vivre ensemble en dépassant les conflits d’intérêt. Le 17 décembre 2009, la cérémonie officielle de la signature de leur charte a eu lieu Salle des Congrès du Parlement fédéral, en présence de la Princesse Mathilde, le cardinal Danneels représentant les catholiques. Tout un symbole.
L’objectif essentiel du Belgian Council of Religious Leaders, indépendant, apolitique et autonome, est d’offrir sa contribution à la vie en société en témoignant des valeurs humaines et spirituelles qui l’animent. Au cours de la cérémonie, chacun des membres a redit son souci de promouvoir la cohésion sociale et de partager ensemble une même vision de la paix. Pour eux, en effet, la religion ne peut être cantonnée à la sphère privée. Conscients qu’ils peuvent avoir des fois diverses et en même temps une action commune, les signataires, qui déposaient à chaque fois une fleur dans un vase commun, veulent encourager le dialogue pour un engagement commun. Président en exercice de ce conseil, le pasteur Liagre de l’EPUB rappela que les religions sont bien davantage que des “assurances-vie pour l’au-delà”. Elles sont constitutives de l’humanité. Voilà pourquoi, ce conseil veut agir pour le bien de la société belge et témoigner des valeurs humanistes et spirituelles qui animent les religions.
Ce n’est pas du luxe
La Belgique est marquée par un pluralisme croissant du fait des nouvelles migrations et, du coup, une réanimation du religieux, a fait remarquer l’évêque Athénagoras. C’est dans ce contexte que le BCRL se veut un instrument de dialogue au sein des différentes religions et l’interface entre les religions et les autorités civiles et politiques. En synergie, les religions peuvent apporter à notre société belge leur contribution et des réponses aux nouvelles questions, pour un meilleur “vivre ensemble dans la diversité et la cohésion”. Mgr Guy Harpigny, évêque de Tournai, et Monsieur Martin Gurvich, au nom du Conseil, rappelèrent que dans un monde globalisé, le dialogue interreligieux n’est plus un luxe, mais “une partie essentielle de la vie quotidienne moderne”.
Le texte de la communauté musulmane, insistant sur la nécessité d’une interconnaissance active pour faire tomber les murs d’incompréhension, a été lu par une femme non voilée. Le Lama Karta, bouddhiste, de Tihange, a souhaité que les religions deviennent un exemple pour la jeune génération tandis que Herman Janssens, au nom de la communauté hindoue, encourageait chacun a développer son propre chemin spirituel. “L’approche pluraliste de l’hindouisme à l’égard d’autres religions est particulièrement orientée vers le concept d’unité dans la diversité”, a-t-il précisé. Quant au grand rabbin Guigui, très biblique comme toujours, il a commencé en proclamant que le dialogue interreligieux était une nécessité, une urgence. “Il s’agit, dans un moment où le monde religieux est volontiers vu comme une menace potentielle d’intégrisme, de faire entendre une autre voix.” Et pour ceux qui ne connaissent pas l’hébreu, il a expliqué que “Chalom”, la paix, dérive d’un verbe signifiant “se compléter mutuellement”.
Une laïcité positive
Mia de Schamphelaere, vice-présidente de la Chambre, convaincue que neutralité n’est pas indifférence, a pu dire son choix d’une laïcité ouverte qui voit dans les religions non une menace, mais une valeur ajoutée pour une société. La liberté religieuse, valeur fondamentale des droits de l’homme, en public ou en privé, lui est apparue essentielle. “Maintenant que les religions ne doivent plus servir des objectifs politiques, a-t-elle ajouté, elles peuvent regagner leur liberté spirituelle et leur authenticité." La religion faisant partie de l’existence de bien des citoyens, une politique qui nierait ou méconnaîtrait la dimension religieuse serait, selon elle, vouée à l’échec.
Il était heureux que ce qui se vit déjà à la base, dans bien des quartiers des villes et dans les villages puisse se donner à voir au sommet et être proclamé en un lieu public. Une démarche symbolique qui devrait encourager la base et, espérons-le, changer le regard des citoyens sur les religions. Deux pauses musicales où se mêlaient le grégorien et la mélopée soufie furent une heureuse illustration de cette promesse d’avenir.
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Mardi 29 Décembre 2009 - 16:35
Charles DELHEZ
1.Posté par
Michel THYS le 29/12/2009 23:53
"Vivre ensemble en dépassant les conflits d'intérêts".
Sous-entendu dans le partage des subsides, évidemment ! ...
Pourquoi pas, plutôt, à notre époque de pluralisme des cultures et des convictions, un vivre ensemble instaurant , par simple honnêteté intellectuelle, un système éducatif qui proposerait enfin à tous une information minimale, progressive, objective et non prosélyte, à la fois sur les différentes options religieuses ET sur les différentes options laïques ?
En effet, de nos jours, une saine conception de la neutralité ne devrait-elle pas inciter l'Etat à mettre en place un système éducatif compensant l'influence familiale, certes légitime et constitutionnelle, mais affective et unilatérale ?
Les religions dussent-elles y perdre des plumes ...
Et de fait, en réaction à la laïcisation croissante et irréversible de la société, du moins sous nos latitudes, toutes les religions, dans un esprit oecuménique, se livrent à des tentatives médiatiques de réinvestissement des consciences, de reconfessionnalisation de l'espace public et de néocléricalisme politique, surtout depuis Jean-Paul II, Benoît XVI (a contrario !), le chanoine-président Sarkozy 1er, et, mutatis mutandis, d'autres créationnistes et sectaires ...
En France, à mes yeux, la loi DEBRE de 1959 est obsolète. Tout comme "le Pacte scolaire" belge de 1958. En effet, n'est-il pas anormal et inacceptable, surtout en France où le principe de la laïcité est inscrit dans la Constitution, que l'enseignement privé confessionnel, pourtant subsidié par l'Etat, continue à avoir le droit de perpétuer un "projet éducatif" unilatéral, exclusif, fermé à la différence enrichissante de la différence de l'autre, incitant donc au communautarisme, au repli identitaire, voire bientôt, par laxisme, à l'islamisme et à l'application de la charia ?
Le protestantime ayant en quelque sorte "inventé" le libre -examen, j'aurais apprécié que le Pasteur LIAGRE, après avoir dit que "les religions sont constitutives de l'humanité", eût ajouté que l'humanisme laïque, la spiritualité laïque, la liberté - effective - de conscience, de pensée et de religion , ..., le sont aussi ...
Michel THYS http://michel.thys.over-blog.org