Une société qui ne s’occupe pas de ses enfants, qui les réprime et les abandonne, c’est une société qui hypothèque le présent et condamne le futur.
Souvent on trouve des secteurs sociaux, des organismes d’état ou des fontionnaires du gouvernement qui ne pensent qu’à leur propre sécurité et non pas à celle des autres. Les moyens de communication avec leur politique médiatique recherchent l’approbation massive de la société pour condamner les mineurs en situation de risque social. La mort malheureuse du fils de Juan-Carlos Blumberg, assassiné par quelques jeunes, a été utilisée pour faire condamner bien des enfants et a déclanché toute une campagne pour faire baisser l’âge de pénalisation des mineurs et appliquer les recettes de la “main dure”. Maintenant, s’ajoute à tout cela le cas de cet ingénieur assassiné récemment.
Tous ces gens continuent d’affirmer que les mineurs qui commettent un délit entre dans le commissariat par une porte et ressortent par une autre porte, car les juges les remettent en liberté.
Depuis de nombreuses années, nos organisations travaillent avec des mineurs en situation de risque social et, pour nous, il est clair que ces enfants sont avant tout des personnes avec des droits sociaux garantis par la Constitution. Ils sont en fait victimes d’une société injuste qui les exclut et ne ,leur donne pas la protection et la tendresse qu’ils méritent car elle les considère comme des marginaux et les rejette de façon permanente.
Le gouverneur de la Province de Buenos Aires répète qu’il faut mettre un terme à la vague de délits et que la solution, c’est de pénaliser les mineurs en abaissant l’âge d’imputabilité. Il nous paraît important de demander à ce gouverneur s’il s’est déjà approché des enfants qui sont sur la Place Saint Martin et s’il leur a demandé ce qu’ils pensaient, eux, de leur propre sécurité. Leur a-t-il déjà demandé pourquoi ils vivent dans la rue et pourquoi ils se droguent? Qu’en est-il de leur famille, de leur scolarité et de leur santé? … Leur a-t-il demandé comment ils sont traîtés par la société, par la police et par les organismes de l’Etat?...
Il faudrait aussi que le gouverneur visite les prisons et les Instituts pour mineurs de la province. Il pourrait constater que les prisons n’ont jamais réhabilité personne, que ce sont des dépôts d’humains et qu’un mineur qui rentre là est condamné pour toute sa vie.
La Commission Provinciale pour la Mémoire a réalisé un très courageux travail dans les prisons. Il serait bon que le gouverneur en prenne connaissance et qu’il constate la situation des enfants qui vivent dans ces prisons qu’on appelle des “Instituts pour mineurs”. Il faut mettre en place des politiques pour leur rendre la dignité en tant qu’êtres humains et non pas les traîter de façon pire que des animaux comme c’est le cas actuellement.
Les partisans de la “main dure” témoignent en réalité d’une société en crise des valeurs morales, qui a perdu l’intelligence et la tendresse et qui veut seulement pénaliser les jeunes sans apporter aucune solution aux problèmes de ceux qui sont en situation de risque social. Ils ne recherchent pas les causes qui ont engendré la violence et la marginalisation des jeunes. Ils pensent qu’en enfermant plus de mineurs, les délits vont s’arrêter. Les secteurs sociaux qui réclament plus de policiers, plus de répression et un plus grand contrôle social pour leur propre sécurité espèrent pouvoir dormir tranquilles en pensant que la “main dure” leur apportera la sécurité. En fait, ils obtiendront seulement davantage de cauchemars.
Ceux qui réclament toujours plus de sécurité et veulent abaisser l’âge d’imputabilité des mineurs se sont-ils déjà approchés de ces garçons et de ces filles qui cherchent à gagner quelques pièces de monnaie en faisant des pirouettes ou en lavant les vitres des voitures dans la rue?... Leur ont-ils demandé ce qu’ils mangent et où ils dorment, s’ils ont froid ou chaud et quelle sécurité la société leur apporte?...
A messieurs et mesdames les juges, on devrait demander aussi s’ils se sont parfois levés de leur siège et ont cheminé dans les rues pour converser avec ces enfants qui vivent à la limite de la vie dans l’angoisse et et le désespoir?... Avec quelle légèreté ils condamnent des jeunes sans analyser les causes de la situation où ils se trouvent, eux qui restent toujours sans défense et sans assistance réelle!...
Nous devons reconnaître que l’Etat a quand même quelques programmes d’assistance mais ils ne sont pas suffisants. Il faudrait, en fait, affronter ce problème dans toute son intégralité, sans pénaliser les enfants mais en suivant leur niveau d’éducation et de santé et en créant pour eux des conditions de vie dignes. Au contraire, le gouvernement de la province de Buenos Aires pense qu’il suffit de construire davantage de prisons pour les jeunes et c’est ainsi qu’il viole les droits humains, la Convention Internationale de l’enfance et même la Constitution Nationale, alors que le problème est structurel. La police cherche aussi à justifier son inefficacité: que se passe-t-il avec les traficants de drogue et avec ceux qui vendent cette maudite drogue aux mineurs dans les écoles et dans les quartiers pauvres?... Mais, pourquoi on n’arrête jamais les chefs de cette mafia? Aujourd’hui, on ne voit jamais les policiers dans ces quartiers. Ils préfèrent traîter parallèlement avec des “agences de sécurité”.
Un autre problème dont personne ne parle, c’est la violence chaque jour plus importante que l’on trouve dans les grands moyens de communication, comme la télévision, avec des programmes, des films et des attitudes qui favorisent la violence et qui frappent de plein fouet la vie des jeunes. Tout cela se passe dans la plus totale impunité. Les parents devraient réagir face à ce que transmettent les media qui engendre des conduites violentes chez les jeunes. Il ne s’agit pas d’imposer une censure, mais il faut à tout prix éduquer les jeunes pour qu’ils deviennent des personnes libres avec une conscience critique et des valeurs sûres. Nous pouvons tous voir dans les endroits très fréquentés, comme par exemple les gares de chemins de fer, des jeunes drogués dans un état d’hygiène déplorable et qui restent là sans aucune assistance. Pourquoi pénalise-t-on ainsi la pauvreté?...
Les gouvernements de la Capitale et de la Province de Buenos Aires devraient travailler ensemble face aux problèmes sociaux et aux difficultés psychologiques en rassemblant toutes les compétences légales de la capitale et de la province. On pourrait dire la même chose de ce qui se passe à l’intérieur du pays que l’on connaît très peu.
L’Etat ne prête de façon permanente aucune attention à tous ces endroits. Seules quelques organisations sociales non-gouvernementales, jour après jour, accompagnent ces garçons et ces filles en situation de risque social. Des expériences de travail social sont déjà réalisées, mais il faudrait une véritable volonté politique pour résoudre les problèmes actuels qui touchent tant de jeunes.
Il faut ouvrir un large débat sur la manière de parvenir à surmonter la violence provoquée par des jeunes mineurs. Je le redis à nouveau: “on ne tue pas seulement avec des balles, mais on tue aussi avec la faim”.
Il faut que la société pense non seulement à la sécurité de quelques-uns, mais à la sécurité de tous les citoyens. Des voisins, préoccupés par leur sécurité, ont réuni une foule nombreuse face à la Municipalité de San Isidro. La police a employé des hélicoptères pour protéger cette manifestation. Les orateurs ont expliqué que tous les maux venaient du quartier voisin de La Cava et de ses jeunes. Ils ont réclamé un plus grand contrôle social, de la prison et une “main de fer”, à une municipalité qui ne fait presque rien face à l’indigence des garçons et des filles que nous voyons dans les rues jusqu’à des heures avancées de la nuit, sans aucune assistance.
Les fonctionnaires municipaux de San Isidro demandent maintenant “la main dure” contre ces laissés pour compte, ces miséreux et tous ces marginalisés. Les statistiques de la police constatent que la délinquance juvénile augmente et que les juges sont submergés par les mises en jugement; C’est ainsi que les pauvres restent toujours les éternels perdants. Et ils continuent à appeler cela “la démocratie”… Quelle hypocrisie devant un tel problème qu’ils n’ont jamais voulu résoudre.
Les enfants, il faut les surveiller, les respecter et leur donner de l’affection et non pas les réprimer et encore moins les exclure. Ils ont besoin de solidarité, de respect et de la possibilité de dialoguer avec la société. Il ne faut jamais oublier que toute société est le résutat de ceux qui la composent.
Si tu plantes la violence, tu récolteras davantage de violence. Si tu sèmes la Paix, le fruit sera la dignité et la sécurité pour tous.
traduit de l'espagnol par Francis Gély